La jeunesse de Gabriel Matzneff

Enfance et adolescence

Gabriel MATZNEFF naît le 12 Août 1936 à Neuilly-sur-Seine, dans une famille issue de l'émigration russe provoquée par la Révolution de 1917. Ses parents divorcent lorsqu'il a six mois ; de sa vie, il ne les verra dans la même pièce, et sera souvent séparé de sa soeur Alexandra, de ses frères André et Nicolas. Une petite enfance ballotée de droite et de gauche, assombrie par les déchirures familiales et la guerre. Une enfance dont il garde de très douloureux souvenirs, mais qui nourriront des romans tels que Ivre du vin perdu et Mamma, li Turchi !. Une atmosphère chaotique donc, mais dans un milieu raffiné, cultivé : les amis de ses parents sont des écrivains, des peintres, des danseurs, des théologiens. Le parrain de Gabriel est Constantin Motchoulski, auteur d'un des meilleurs livres jamais écrits sur Dostoïevski. Cette ambiance très particulière des milieux russes blancs de Paris occupe une place d'importance dans les livres de Gabriel Matzneff, en particulier dans ses trois premiers romans. Très vite, il prend conscience de sa différence, de ce qu'il appelle lui-même "son inaptitude au bonheur". A l'âge de 22 ans, il écrit dans son journal intime : "A cheval entre la société française et ce qui reste de l'émigration russe, je n'appartiens en fait à aucun milieu, à aucune communauté. (...) Ma patrie ? C'est la langue française." (Cette camisole de flammes, avril 1959).

Dès l'âge de dix ans, il monte à cheval. Il gagne son premier concours hippique à l'âge de 13 ans. Après son service militaire, il coupera toute relation avec le monde du cheval. Désormais, d'autres passions vont le réquisitionner.

Les années de formation

En 1954, il s'inscrit à la Sorbonne pour des études en Lettres Classiques. Il est enthousiasmé par les cours de Pierre Grimal sur Tibulle, de Pierre Boyancé sur Cicéron, par celui de Jacqueline de Romilly sur Thucydide. Il suit également des cours de philosophie : celui de Jean Wahl sur Nietzsche, celui de Vladimir Jankélévitch sur la mort et l'immortalité, celui de Gilles Deleuze sur Kant. Il s'inscrit en Russe aux Langues O. Ces années d'université seront pour Gabriel le moyen de gagner du temps, de reculer le moment où il devra entrer dans le monde des adultes (où, de fait, il n'entrera jamais).

En 1957, il fait la connaissance de Montherlant. C'est le début d'une longue amitié, interrompue par des brouilles, qui ne cessera qu'en 1972 avec le suicide de Montherlant.

En 1959, il part en Algérie pour faire de l'épigraphie latine, écrire son essai sur le suicide chez les anciens romains, et rencontrer de charmants yaouleds. Il y retournera à de nombreuses reprises.

Le 6 novembre 1959, incorporation dans un régiment d'infanterie coloniale. Ses camarades de régiment lui donneront le surnom de "Gab la Rafale", car il excelle au fusil mitrailleur.

Les débuts littéraires

le 1er octobre 1961, il s'installe quai des Grands-Augustins, dans un appartement qu'il a obtenu par le truchement de sa petite amie Maïté, connue à la piscine Deligny dont il est depuis 1957 un des plus fidèles habitués. Il se réinscrit en russe aux Langues O pour bénéficier d'une carte d'étudiant. Après la chronique sur Venise que Gabriel lui a envoyée en août 1962 et qui l'a enthousiasmé, Philippe Tesson lui propose d'écrire chaque jeudi à la une du quotidien Combat une chronique et lui y donne carte blanche. C'est au cours de ce premier voyage vénitien qu'il rencontre la jeune Pierrette, adolescente de 14 ans, mais c'est à Paris que l'année suivante il fait la connaissance de Thèrese L., qui lui inspirera le personnage de Béatrice dans son premier roman, L'Archimandrite.

En 1964, il retourne en Italie et en Algérie, découvre l'Europe de l'Est lors d'un voyage officiel en Tchécoslovaquie, où il est l'invité du gouvernement (il y rencontre le dictateur Novotny et le président soviétique Khrouchtcheff). Cette même année, création de ce Comité de coordination de la jeunesse orthodoxe pour laquelle Gabriel avait milité. Et surtout, deux rencontres déterminantes: celle d'un de ses plus grands maîtres, Hergé (cette amitié naissante ne cessera de se développer et de s'approfondir jusqu'à la mort de celui-ci en mars 1983), et d'une lycéenne, sa future femme, Tatiana Scherbatcheff : "Tatiana a une beauté sauvage, tzigane, avec quelque chose de tendre et d'enfantin dans le modelé du visage, de la bouche. Des dents magnifiques." (L'Archange aux pieds fourchus, 7 décembre 1964).

Tatiana et la tentation du couple

"Cette adolescente aux cheveux hirsutes, au visage un peu triangulaire, aux vastes et magnifiques yeux noirs, ensemble princesse et poulbot..." (L'archange aux pieds fourchus, 18 octobre 1964), Gabriel la rencontre lors d'un congrès de la jeunesse orthodoxe, mais il ne fait réellement sa connaissance qu'un mois plus tard, quand, ayant quitté son pensionnat, elle est recueillie par la famille du père Pierre Struve.

En mars 1965 paraît à La Table Ronde le premier livre de Gabriel, Le Défi, un recueil d'essais sur le nihilisme, le bonheur, l'adolescence, le Christ, Venise, le suicide : "Le Défi, nourri d'antiquité romaine et saupoudré d'orthodoxie, c'est Pétrone prenant le thé chez saint Paul", écrira-t-il lui-même en 1969 dans Comme le feu mêlé d'aromates. Cet ouvrage baroque reçoit un accueil très favorable de la critique et du public. Un an plus tard paraît son premier roman, L'Archimandrite, lui aussi fêté par la critique mais qui suscite émotion et scandale dans les milieux orthodoxes français. 1966 est également l'année de son premier voyage en Russie soviétique. Il séjourne sur une plage de la mer baltique, découvre Saint-Pétersbourg, villégiature à Abramtzevo, se rend tous les jours au monastère de la Trinité-Saint-Serge où il assiste à des offices célébrés par le Patriarche Alexis, rencontre à Moscou des jeunes poètes contestataires membres du mouvement Smog. Il y retourne l'année suivante, en "mission secrète", pour apporter de l'aide à ses amis arrêtés par le KGB.

Les premières années de sa relation avec Tatiana sont marquées par une alternance d'amour passionné, de séparations (dues aux nombreux voyages de Gabriel) et de brouilles. A Paris ou ailleurs, Gabriel ne s'encombre pas de fidélité, et ses rencontres avec des jeunes personnes sont autant d'occasions de relations amoureuses (qui restent souvent de courte durée). Mais toujours il retourne à Tatiana qui reste pour lui "la Rencontre". L'idée du mariage - du mariage possible avec Tatiana - commence à faire son chemin... En mai 1967, puis de nouveau l'année suivante, ils partent ensemble en Espagne (à Llafranch). En 1969, c'est pour la Corse qu'ils embarquent. Le 30 juillet 1969, il lui propose, par lettre ("La lettre folle que j'ai écrite à Tatiana. Ah ! moi et mes sincérités successives !", Vénus et Junon, 30 juillet 1969) de l'épouser. Et le 8 janvier 1970, cinq ans donc après qu'ils sont devenus amants, leur père spirituel, le métropolite Antoine, les marie dans une église orthodoxe de Londres.

L'année précédant ce mariage, Gabriel a publié deux livres : un récit de voyages en Méditerranée qui est aussi une méditation sur le thème de la conversion, Comme le feu mêlé d'aromates, et un recueil de textes polémiques, La Caracole (qui considérablement augmenté sera réédité en 1986 sous le titre Le Sabre de Didi).

L'échec du mariage : une crise affective et religieuse

Progressivement, les relations entre Gabriel et Tatiana se dégradent. De l'épouse oblative qu'avant le mariage elle prétendait vouloir être, Tatiana s'est transformée peu à peu en une jeune femme hostile et revendicatrice ; avec âcreté, elle reproche à Gabriel son mode de vie, l'accuse de l'empêcher de s'épanouir : "La femme-enfant, la petite fille douce, a définitivement cédé la place à une militante féministe incroyablement dure, agressive", notera Gabriel au moment de leur séparation (Elie et Phaéton, 18 novembre 1972). L'irruption dans leur vie de Mike, un adolescent anglais, va précipiter la rupture. Le divorce, prononcé par un tribunal parisien le 3 mars 1973 et suivi quelques mois plus tard de la dissolution par un tribunal écclésiastique du mariage religieux, met fin aux illusions que nourrissait Gabriel de pouvoir mener une vie bourgeoise, régulière, conforme aux souhaits de la société civile et de l'Eglise. Une autre étape de sa vie commence...

A suivre...

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