Les Nouvelles Chroniques de Gabriel Matzneff


Un vent de Fronde s’est levé ce matin

Chronique du 09/12/2018

Nommer, c’est faire exister, reconnaitre l’existence. Nomen est omen disaient les anciens Romains. Dans Harry Potter il est périlleux de nommer le mage noir Voldemore, mieux vaut, quand on l’évoque, user de voies détournées. Ce qui m’a frappé dans le discours prononcé par le chef de l’État mardi matin, c’est qu’à aucun moment il n’a nommé les gilets jaunes. Il a évoqué avec bienveillance les « concitoyens » mécontents de leur sort, mais les nommer, non, il ne leur a pas fait cet honneur. Dans le Dernier tango à Paris de Bertolucci, ce n’est qu’à la fin de leur histoi (...)
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Mes trois joies de l’automne

Chronique du 17/11/2018

1°) La résurrection des Lettres françaises dans nos kiosques. Renouer avec le plaisir de tenir entre nos doigts le célèbre journal d’Aragon aux destinées duquel président désormais ses héritiers spirituels, les poètes Jean Ristat et Franck Delorieux, nous rend – au cas où nous l’aurions perdue – confiance en l’avenir de la presse littéraire et artistique ; en l’avenir de l’intelligence.

2°) La parution chez un éditeur de province, Bleu autour, d’un roman de Véronique Bruez, Une Jatte de fraises, biographie rêvée, réinventée d’un peintre strasbourgeois du XVIIèm (...)
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Maurice Genevoix, écrivain pour mulots ?

Chronique du 11/11/2018

Dans le superbe hôtel particulier de la rue Garancière qu’occupait dans les années 70 du siècle dernier le groupe composé par les éditions Presses de la Cité, Plon, Julliard, du Rocher, Christian Bourgois, les murs du couloir qui menait au bureau du grand patron, Sven Nielsen, étaient ornés de portraits d’auteurs de la Maison, mais uniquement d’auteurs académiciens et officiers supérieurs. Ce grand éditeur que fut M. Nielsen publiait aussi, de Dominique de Roux à Bibi (comme dirait le président Macron), de jeunes auteurs, mais n’étant ni galonnés ni sujets académiques, nous n’eûmes jamais droi (...)
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Plaidoyer pour Zemmour

Chronique du 07/10/2018

Les listes de proscription, les intellos parisiens ont ça dans leurs gènes. Mettre un confrère au ban, le vouer aux gémonies, l’anathématiser, lui coller au front l’étoile du lépreux, le transformer en sulfureux infréquentable, tel est leur sport favori. Dénoncer, ils adorent ça.

Ce n’est certes pas nouveau, l’expression « crier haro sur le baudet », nous la devons à La Fontaine, mais il me semble que, grâce à ce que l’on appelle « les réseaux sociaux », les glapissements des sycophantes bénéficient désormais de résonances dont ils ne disposaient pas au dix-septième siècle.
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Lubitsch, Salvini, Mélenchon, le joli mois d’août !

Chronique du 02/09/2018

Les raisons qu’un amoureux de Paris a d’y séjourner au mois d’août sont multiples, la première étant qu’en ce mois béni les grincheux Parisiens et leurs puantes automobiles sont partis ; qu’on n’y croise que des Chinois de bonne humeur et le nez en l’air qui, à force de chercher la Tour Eiffel, se payent des torticolis carabinés.

Cette année, nous avions une raison particulière de camper au quartier Latin, de n’en pas bouger d’un pouce : la passionnante rétrospective Ernst Lubitsch que nous offrait un cinéma de la rue Champollion. De grands classiques que nous connaissons par c (...)
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