Les Nouvelles Chroniques de Gabriel Matzneff


Flaubert, au secours !

Chronique du 16/08/2010

En ces jours de l’Assomption, (comme disent les catholiques) ou de la Dormition (comme disent les orthodoxes) de la Vierge Marie, on a plus que jamais chanté dans les églises de la chrétienté ce superbe chant du Magnificat où la Mère de Dieu nous annonce que Celui-ci « a dispersé les superbes, renversé les puissants et élevé les humbles ».
Curieusement, c’est cette période bénie du mois d’août que le gouvernement français choisit pour opérer des rafles parmi ces plus humbles parmi les humbles que sont les Rom, pour ressortir ces serpents de mer de l’extrême-droite que sont la distinction entre Français de souche et Français d’origine étrangère, l’exaltation du droit du sang aux dépens du droit du sol.
Pour qu’ils gardent la tête claire, je ne puis que recommander à ceux qui font confiance en mon jugement de relire mes ouvrages politiques, en particulier les chapitres intitulés « Les métèques », « Déroulède-minute » et « L’Infréquentable » dans Le Dîner des mousquetaires (1995), l’ensemble de Vous avez dit métèque ? (2008), et aussi le chapitre sur Flaubert dans Maîtres et complices (1994) où je cite ce fragment de sa lettre du 12 juin 1867 à George Sand :
« Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j’en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils excitaient la Haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols. Et j’ai entendu de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre. C’est la haine qu’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, au Philosophe, au solitaire, au poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton. »
Je ne saurais mieux dire.
Il y a donc deux camps : l’un, celui de monsieur le ministre de l’Intérieur, et l’autre, celui de la Sainte Vierge, de Gustave Flaubert et du sottoscritto.
A vous de choisir, mais à votre place, je n’hésiterais pas.
Bon mois d’août, et merci à ceux d’entre vous qui m’ont présenté leurs vœux de joyeux anniversaire.


Commentaires

1 - Le 16/08/2010 par Ouf enfin ! @(*_°)@

Merci, cher Gabriel, de prendre du temps sur la mise sur pied de vos Carnets pour nous donner signe de vie. Merci aussi de rappeler vos indignations à vos lecteurs et amis. 1995 ! PS : si j'étais roi j'inviterais les Manouches à squatter Versailles...

2 - Le 17/08/2010 par Deville

Cela est vite vu. France, sur tes frontons, pouvons-nous lire LIBERTE ? EGALITE ? FRATERNITE ? tes ouailles regressent à vouloir préférer cultiver le statisme plutôt que la Différence.
Ne "prêterons-nous qu'aux riches" ?

3 - Le 17/08/2010 par Christian

Oui, merci Gabriel de desserrer ce nœud, j'ai l'impression d'étouffer une fois de plus.

4 - Le 17/08/2010 par Véra (pas verrat) mais sa ribambelle

Cher Gabriel, je présume que vos remerciements ne sont de l'ironie ? Je me réjouis, en tout cas, de découvrir les salves de Gab la Rafale ! Christian et Benoit, je suis ravie de vous croiser ici !

5 - Le 17/08/2010 par Véra

PS : Ah ! oui, j'oubliais, si je peux me permettre. J'ai déposé un lien (sur ma tête) pour les présentations.

6 - Le 17/08/2010 par M. Linsky

Bonsoir bel Archange,

J'ai choisi mon camp sans hésitation: celui du "beur de St Pétersbourg" contre celui des ligues vertueuses qui instrumentalisent le débat sur l'identité nationale et l'ordre public. Reprise en main de la sécurité, opération de diversion, récupération d'un électorat?
Le plus étonnant est que ce peuple présent dans la majorité des pays européens(y compris la Turquie)a toujours été ostracisé: "métèques" objets de tous les fantasmes, craints car méconnus, niés en tant que citoyens et encore plus fragilisés dans un contexte de tensions sociales, économiques et nationales. Ne parlons pas d'une certaine presse qui contribue par des articles souvent tendancieux à entretenir ces stéréotypes et notre perception déjà frileuse de cette communauté: aucune distinction entre une poignée de délinquants et la majorité écrasante. Cependant malgré toutes ces discriminations ces esprits libres n'ont renoncé ni à leur culture ni à leur mode de vie, la liberté aura peut-être le dernier mot?
Merci, cher Gabriel, de nous faire réfléchir une fois de plus face à une actualité souvent falsifiée. Vous êtes pour moi un bon maître, un éveilleur dont les brillants enthousiasmes continuent de me captiver, de m'enchanter...

7 - Le 17/08/2010 par Hervé

Toujours un immense plaisir à lire vos réflexions, cher Gabriel.
Vivement septembre et la parution des "émiles" !
En attendant, vos lecteurs pourront vous entendre en rejoignant ce site consacré à Henry de Montherlant. Y figure l'enregistrement de votre intervention faite à Flagey en 2007 :
http://www.montherlant.be/audio_17_gabriel_matzneff.html

8 - Le 17/08/2010 par Clarisse Thomas

Grand merci de votre apparition. Comme Hervé, et sûrement comme bien d'autres, j'attends avec impatience votre prochain ouvrage. Bien à vous,

9 - Le 17/08/2010 par Gilles Monplaisir

Le choix est tout de suite fait, cher Gabriel... Une fois encore, l'étranger, l'autre est montré du doigt... Tous métèques, oui !

10 - Le 18/08/2010 par GEDEON

...."On n'y respecte rien, chacun y parle haut,
Et c'est tout justement la cour du roi Pétaud...
(Molière, Le Tartuffe,I,1)

....et que ces beaux messieurs des ministères,
viennent un jour voir ce qui se passe sur la terre....

11 - Le 18/08/2010 par Julien

Merci Gabriel pour les beaux mots de Flaubert.
Ayons également une pensée pour ce cher Archibald Haddock invitant, à Moulinsart, les gens du voyage, dans les "Bijoux de la Castafiore".

12 - Le 19/08/2010 par Georges

« PS : si j'étais roi j'inviterais les Manouches à squatter Versailles... »

Mais oui mais oui, c'est ça, bonne idée, comme si on n'avait pas assez des Jeff Koons et autres crétins là-bas…

13 - Le 19/08/2010 par Germain

Merci beaucoup monsieur Matzneff pour cette chronique pétrie d'intelligence.

Le plus triste en ce moment, dans cette sinistre histoire, c'est de voir, à travers les commentaires laissés sur internet, que tous les Français approuvent et se réjouissent de cette politique ignominieuse.

14 - Le 19/08/2010 par Harry

Le texte qu'Hervé signale est un de ceux qui, en 2008, ont été publiés dans "Vous avez dit métèque ?"
Ce colloque belge a donné de bonnes idées aux universitaires français puisqu'un nouveau colloque consacré à Montherlant aura lieu fin novembre à Paris III - Sorbonne nouvelle.
Ceux qi ont des liens avec les associations de défense des émigrés, des étrangers, doivent leur signaler cette nouvelle chronique de Matzneff. Le témoignage d'un grand écrivain français d'origine étrangère a un poids considérable.

15 - Le 20/08/2010 par Frédéric Kieffer

Bonheur sans cesse renouvelé de vous lire...il est agréable d'avoir de vos nouvelles, même si « en l'absence de l'objet aimé, toujours son image est présente à nos yeux, toujours son doux nom obsède notre oreille » ( Lucrèce, de rerum natura, livre IV, cité dans Maîtres et complices, La petite vermillion, édition de mars 1999, page 34

16 - Le 22/08/2010 par Fanfreluche =& : o)--

A propos des Bohémiens, Rom, Gitans ou Tziganes, je me souviens que Pandora de la ribambelle nous avait raconté que lors d'un repas dans un restaurant tzigane proche de la Grand Place de Bruxelles, "Au pied de cochon", pour ne pas le nommer - mais lequel restaurant périt sous les flammes au lendemain de cette virée - Gabriel Matzneff avait confié aux deux jeunes orthodoxes qui l'accompagnaient, qu'un jour il avait invité Montherlant dans un restaurant russe parisien très connu pensant le "gracieuser". Mais qu'à sa grande surprise et une pointe de déception, l'auteur de La Ville avait manifesté un tel agacement à cause du bruit de la musique parce qu'elle lui empêchait toute conversation suivie, qu'il fut sur le point de quitter les lieux. Je ne me souviens plus, hélas, dans quel Carnet Gabriel Matzneff fait état de ce trait de caractère révélateur d'un de ses Maîtres. Tout ça pour dire que chaque fois que, depuis, j'ai franchi la porte d'un restaurant similaire, j'y pense...

17 - Le 25/08/2010 par Nadia

Qu’il y ait deux camps – celui des esprits libres pour les plus humbles parmi les humbles et celui des « gens d’ordre », c’est en quelque sorte dans l’ordre des choses, rien d’anormal et de choquant à cela. Ce qui l’est en revanche au plus haut point c’est de stigmatiser une communauté de laissés pour compte pour raviver de vieux démons extrémistes (cela à seule visée électoraliste) et surtout pour détourner l’attention des vraies questions liées à une politique migratoire désastreuse (certes, pas nouvelle), dont nous payons toujours les conséquences. Là, c’est tout simplement minable, nul et indigne de nos gouvernants et la seule réponse est en effet la vôtre.
Beaucoup d’hommes politiques, de personnages publics se sont déjà exprimés avec plus ou moins d’indignation, parfois de démagogie, sur ce sujet sensible, mais personne ne l’a fait comme vous (ou comme Flaubert en son temps d’ailleurs), c’est-à-dire non seulement en intellectuel engagé mais aussi et surtout en poète libre, parlant avec son cœur. Nos politiques et intellectuels ont beaucoup d’idées et de théories, mais le verbe manque souvent de chair…. Plus que jamais votre voix demeure essentielle. Merci!

18 - Le 25/08/2010 par Piton

Quelques jours après Gabriel Matzneff, l'ancien premier ministre Dominique de Villepin a, à son tour, publié une chronique où il s'élève contre la façon dont le ministre de l'Intérieur traite les romanichels.
Matzneff et Villepin avaient été invités ensemble à Saint-Pétersbourg en mars dernier, et les voici qui se retrouvent dans un même combat, moins politique d'ailleurs qu'éthique.Je dis "éthique" et non "moral", car Matzneff a horreur de ce mot !

19 - Le 26/08/2010 par Harry

Accord éthique, mais aussi, sur bien des points, politique. Quand on a lu le prophétique "Carnet arabe" de Matzneff, on ne doute pas une seconde que son auteur aura applaudi le discours de Villepin à l'ONU avant que Bush et Blair ne se lancent dans leur criminelle guerre d'Irak.
"Le Carnet arabe", et aussi "Elie et Phaéton" où Matzneff décrit le voyage qu'il fit en Egypte, et son retour au Liban et en Syrie, comme invité de la Ligue arabe : des livres à lire, à relire et à offrir aux gens à qui on veut du bien.

20 - Le 27/08/2010 par Margaux

Quelqu'un en sait-il plus sur les circonstances du voyage à Saint-Pétersbourg évoqué plus haut ?

21 - Le 28/08/2010 par Piton

J'en sais ce que j'ai lu dans les journaux : Matzneff et Villepin ont en mars dernier été invités à Saint-Pétersbourg, avec quelques autres personalités françaises dont je n'ai pas retenu les noms. Je crois me souvenir qu'il s'agissait d'un voyage d'ordre culturel.
Pour en revenir à cette chronique de Matzneff, elle fait boule de neige : aujourd'hui c'est l'ONU qui proteste contre la politique d'expulsion des Roms voulue par l'Elysée.

22 - Le 28/08/2010 par Sonia Winterfeld

Cher Gabriel, j'aimerais vous souhaiter une heureuse fête de la Dormition selon "l'aristocratique" calendrier Julien.

PS : Serait possible de savoir comment se procurer le film "Style et Passion" réalisé par Christian Bussy et la feue "Société des Amis de Gabriel Matzneff" ?

23 - Le 10/09/2010 par Sokolnitz

Cet extrait de la lettre de Flaubert est dans le "Canard enchaîné" de cette semaine, mais également dans la chronique de Jacques Julliard, dans le "Nouvel Observateur". Je trouve étrange que la référence à Matzneff ne soit pas précisée dans un cas comme dans l'autre. Il est pourtant peu probable que cette lettre soit revenue à la mémoire, au même moment, de deux rédacteurs...

24 - Le 19/09/2010 par Collignon

Cher,

Que seulement montent de partout les cris de l'indignation et de la colère. Et que chacun, à sa petite ou grande place, de poète reconnu ou de simple silencieux, y mette du sien. Trop c'est trop ! On veut nous fermer la bouche ! la coudre ! Ca ne peut pas continuer comme ça ! Vite, les jours de Colères ! ! !


25 - Le 22/09/2010 par Pomponette

Sokolnitz, vous savez, pour Matzneff, cela fait plus d'un quart de siècle que cela doure et perdoure... Les coucous, vous connaissez ? Mais consolons-nous en nous disant que si les idées sont reprises c'est sans nul doute qu'elles plaisent et qu'elles sont bonnes. Les gens de l'ombre, eux, ils sauront toujours. Alléluia ! A propos, qui a déjà lu le désopilant Les Emiles de Gab la Rafale ?

Collignon - je vous découvre à l'instant - à Bruxelles, il est dit : "te veel is te veel ! Ou "ça-ne-peut-plus-continuer-rester-durer" ! Je dirais même plus ! Les jours de Colères devraient aussi vous rendre sauvages :

http://billets.domec.net/post/2009/11/30/Les-Conards-de-Rouen-les-%C3%A9touffer,-sauvages-les-rendra



26 - Le 26/10/2010 par Philippe FOUBERT

Bonjour Monsieur,
Je crois savoir que vous avez un ancêtre du nom d'Yvan Matzneff. Je travaille actuellement sur la biographie d'Eugène Godard, célèbre aéronaute (pilote et constructeur de ballons) du XIXème siècle. Je suis un descendant d'Eugène Godard lequel a fait un fameux vol à bord du ballon "l'Aigle" en 1851 avec comme passager Yvan Matzneff, auteur d'un piquant et très intéressant récit de son ascension, paru dans la revue des Deux Mondes. Je n'ai aucun renseignement sur votre aieul et j'aimerai insérer dans mon travail une courte notice biographique.
Pourions-nous entrer en contact ?
Dans l'attente de vous lire.
Cordialement.
Philippe FOUBERT.

27 - Le 27/10/2010 par alain blasi

Très bientôt "cette camisole de flammes" va devenir d'actualité ( guerre d'Algérie). Quand vous étiez à Cherchell, je menais une aventure en marge de tout à Tizi-Ouzou..
Mille fois j'ai remis la lettre capitale que je devais vous faire car j'avais tellement à vous dire!Mais je vous promène dans mon coeur comme un compagnon d'âme; un frangin auquel on ne donne pas de nouvelles parce que son empreinte est constamment présente dans notre vie de tous les jours. Je n'ai pas vos goûts amoureux, mais qu'est-ce que je m'en balance! Ce qui compte c'est votre talent magique, votre écriture qui donne l'appétit de tout vivre y compris de vieillir.
Tout vous est non seulement pardonné mais vous êtes entré dans la légitime légende littéraire. Et vos livres n'ont pas fini de "foutre dans les cerveaux" comme disait Céline à propos de lui-même je crois bien..

28 - Le 04/05/2012 par Nathalie

Bonsoir Gabriel,

Juste un petit mot pour vous dire que nous nous sommes croisés pas plus tard que tout à l'heure à l'entrée d'un magasin face à la tour St Jacques. Nous avons échangé un bref regard. Quand j'ai réalisé que c'était vous, j'avais avancé il était trop tard.
J'aurais juste aimé vous dire que j'apprécie beaucoup votre verbe et que je vous ai beaucoup lu fût une époque.
Je viens de voir que vous aviez écrit un nouveau livre que j'aurai plaisir à lire prochainement.

Voilà, c'était juste un message amical d'une lectrice croisée par hasard... ! J'aurais juste aimé vous dire ce que je vous écris sur l'instant. Je n'ai pas eu la présence d'esprit de le faire.

Bon week end et bonne suite,

Nathalie

29 - Le 23/03/2018 par Nadège Lescalier

Bruxelles, le vendredi 23 mars 2018 à 22 heures 33.

Stupéfiant !


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