Les Nouvelles Chroniques de Gabriel Matzneff


Mon automne 2010

Chronique du 16/11/2010

L’année 2009 avait été, dans l’ordre littéraire, une des plus tristes de mon existence : la haine active d’un médiocre et envieux polygraphe du Quai Conti me privant du gros chèque sauveur que certains amis académiciens tâchaient à m’obtenir ; le prix Renaudot-essai qui devait couronner Carnets noirs 2007-2008 et que de lamentables magouilles réussirent à faire attribuer à un milliardaire nonagénaire, homme fort respectable certes, mais qui n’était pas un écrivain et qui en outre, de ce prix Renaudot, n’avait strictement rien à foutre.
La série noire continuait au premier trimestre de 2010 avec la suppression de la mensualité que je touchais depuis vingt-six ans – suppression demandée par la nouvelle direction de La Table Ronde et accordée par Antoine Gallimard (je rappelle que Gallimard est depuis 1998 le propriétaire de La Table Ronde, comme il l’est du Mercure de France et de Denoël). C’était le seul chèque mensuel que recevait mon banquier, mon unique lien matériel régulier avec le monde littéraire, avec la société, et cette brutale mutilation de mes moyens d’existence, succédant si promptement aux désastreuses cabales du Quai Conti et du Renaudot évoquées ci-devant, fortifiant, illustrant, la mise en quarantaine, l’ostracisme dont je suis depuis tant d’années la victime, était propre à me précipiter dans le désespoir. Les misérables qui me jalousent savent que j’ai un tempérament suicidaire, que le suicide est très présent dans mes romans, mes essais, mon journal intime. Le but, conscient ou inconscient, de cette triple manœuvre était de m’y faire basculer.
Et puis, non moins soudainement, ce ciel noir s’est éclairci. Nonobstant les épreuves qui me traversaient cruellement, j’ai puisé en moi le courage de poursuivre sans désemparer le travail entrepris à Marrakech puis à Venise en 2007 : le déchiffrage, la dactylographie, la sauvegarde de mon journal intime inédit 1989-2006. Des dizaines de carnets, des milliers de pages, une tâche énorme. Durant des années j’ai vécu dans l’angoisse de mourir avant d’avoir mené cette entreprise à son terme, et certains de mes proches furent les témoins, amusés ou agacés, de mes térébrantes inquiétudes.
Aujourd’hui, c’est fait. Mes carnets noirs inédits sont désormais tapés, mis au point, sauvegardés, et seuls un peintre, un compositeur, un sculpteur qui ont longtemps craint de n’avoir pas le temps d’achever l’œuvre à quoi ils tenaient particulièrement peuvent comprendre la joie aérienne qui m’a inondé lorsque, le vendredi 29 octobre 2010, jour de la fête de saint Narcisse au calendrier des Postes (et de l’Église romaine), je me suis exclamé : Finis coronat opus. Quel soulagement ! Quelle délivrance ! Enfin, j’allais pouvoir penser à autre chose.
Déjà, la déesse Némésis, cette bonne déesse devant les autels de qui je n’ai jamais prié en vain, m’avait donné une belle satisfaction : la mort de la médiocre canaille couverte de fric et d’honneurs qui, en 2009, s’était opposée à ce que l’Académie française me vînt en aide de manière considérable. Ce salaud a été promptement puni de son mauvaise action, il a rendu sa vilaine âme au diable. Il m’arrive parfois de douter de l’existence du Dieu de la Bible, de douter de la divinité de Jésus-Christ, mais je n’ai jamais douté de toi et de ton efficace, ô Némésis ! Tu m’avais déjà donné de multiples preuves de ta vigilante sympathie, en voici une nouvelle, je t’en rends grâce.
Outre cela, il y a cette double présence de bibi chez les libraires : Les Émiles de Gab la Rafale, paru aux Éditions Léo Scheer, un roman électronique où le narrateur est entouré d’un tourbillon de personnages divers, amantes, ex-amantes demeurées des amies, ex-amantes devenues des ennemies, amis anciens, amis nouveaux, laïcs, prêtres, princes, prolos, réactionnaires, anarchistes, athées, croyants, sobres, ivrognes, hétéros, pédés, adolescentes, vieillards, bref la vie dans toute sa chatoyante diversité, une vraie valse à mille temps.
Et puis, le Gabriel Matzneff, ce monument collectif qui, sous la direction de Florent Georgesco, vient de paraître aux Éditions du Sandre. Oui, un monument. Cet ouvrage auquel, comme l’ont justement noté certains commentateurs, ont collaboré des écrivains, de jeunes universitaires, des critiques littéraires, un supérieur de monastère, un astrologue, un chef d’État, une amante, d’ex-amantes, des amis, constitue une véritable somme. Ai-je besoin de dire combien ce livre me fait honneur et plaisir ? Il est, me semble-t-il, la plus belle réponse à cette mise au ban des media qui est mon lot depuis que d’hypocrites quakers m’ont collé sur le front l’étoile jaune du libertin, du dépravé, de l’infréquentable. Un des internautes qui visitent ce site a écrit que ce livre allait constituer le plus beau des cadeaux de Noël. Le plus beau, je l’espère. Le plus judicieux, le plus opportun, cela ne fait aucun doute.
Vive donc mes carnets noirs inédits ! Vive la mort du salaud ! Vive mon nouveau livre, Les Émiles de Gab la Rafale ! Vive le Gabriel Matzneff des Éditions du Sandre ! Vive la vie, vive l’amour, et merde au puritanisme petit-bourgeois, merde à ceux que le grand Frédéric Lemaître, incarné par le génial Pierre Brasseur, appelle, dans Les Enfants du Paradis, « un brouillard d’hommes » !

Gabriel Matzneff
16 novembre 2010
www.matzneff.com




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