Les Nouvelles Chroniques de Gabriel Matzneff


Un livre pour l’été

Chronique du 05/08/2011

J’ai du plaisir à faire partager mes enthousiasmes. Parmi les écrivains français de ma génération, je suis sans doute celui qui rend le plus volontiers hommage à ses maîtres, à ses intercesseurs, à ceux qui l’ont aidé à se connaître soi-même, à devenir celui qu’il est. Certains de mes confrères, par crainte de paraître moins originaux, répugnent à publier leurs dettes. Ils ont tort et, en agissant ainsi, prouvent qu’ils ne sont que des seconds couteaux, des médiocres, car les vrais créateurs, eux, savent ne pas être nés ex nihilo, aiment à s’inscrire dans une famille spirituelle, esthétique. Schopenhauer ne se lasse jamais de dérouler ce qu’il doit à Platon, à Kant, à la philosophie hindoue ; Picasso ne perd pas une occasion de publier sa gratitude envers Le Caravage, Velasquez, Ingres et tant d’autres grands aînés.
Cependant, notre aptitude à l’enthousiasme ne doit pas se limiter à nos maîtres ; elle doit aussi s’exercer à l’endroit de nos cadets. Aussi est-ce le premier livre d’un jeune auteur que, dans cette brève chronique de l’été 2011, je veux signaler à l’attention de mes amis, de mes lecteurs, de tous ceux qui ont confiance en moi : La Terrasse des paresseux de Véronique Bruez, qui vient de paraître aux Éditions Léo Scheer.
Si vous ne lisez qu’un livre cet été, il faut que ce soit ce journal intime marocain d’une jeune Française qui depuis plusieurs années vit à Marrakech. Non seulement parce que ce livre vous dévoilera les arcanes de milieux très divers, de la jet set jouisseuse, partouzeuse, aux pauvres du petit peuple, et en ce qui touche les mœurs, la religion, la politique, c’est ce que j’ai lu de plus intelligent, lucide, sur le Maroc d’aujourd’hui, mais aussi – et c’est à mes yeux plus important encore – parce que La Terrasse des paresseux vous fera découvrir un véritable écrivain, c’est-à-dire une sensibilité modelée par une écriture, un univers soutenu par un style.
Que Véronique Bruez eût des dons d’écrivain, tous ceux qui ont lu le fragment de son journal intime d’adolescence, si brillant, si drôle, publié dans le Gabriel Matzneff collectif récemment paru aux Éditions du Sandre, le pressentaient. Avec La Terrasse des paresseux, ces dons se manifestent d’éclatante manière. Oui, ce livre est une vraie joie de lecture, un enchantement. J’espère que la critique littéraire saura s’en rendre compte et le faire savoir, mais vous, amis lecteurs, n’attendez pas le jugement des journalistes pour acheter ce livre et le savourer. Je vous jure que vous m’en saurez gré.

Gabriel Matzneff
Août 2011
www.matzneff.com



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