Les Nouvelles Chroniques de Gabriel Matzneff


Christopher Gérard

Chronique du 22/08/2013

Ces jours-ci, plusieurs centaines de romans vont orner les vitrines et occuper les rayons de nos librairies : c’est la rentrée littéraire. Pour ma part il y en a trois que je suis impatient de lire : Le Fils de Sam Green de Sibylle Grimbert chez Anne Carrère, Naissance de Yann Moix chez Grasset, Les Renards pâles de Yannick Haenel chez Gallimard, des cadets dont j’admire le talent.
Je les lirai, mais en ce mois d’août finissant j’aimerais signaler à l’attention des visiteurs de ce site un essai, qui, paru avant l’été, risque de disparaitre des vitrines et des rayons évoqués ci-devant. Si vaste que soit une librairie, elle n’est pas extensible, et la recrue continuelle des nouveaux livres y obscurcit avec promptitude la présence de ceux publiés quelques mois auparavant .
Il s’agit de Quolibets de Christopher Gérard, à l’Age d’Homme.
Christopher Gérard n’est pas pour mes lecteurs un inconnu. Il apparait dans Vous avez dit métèque ? où je prends sa défense contre un zozo qui prétendait lui interdire, sous le prétexte qu’il serait un intellectuel de droite, d’écrire sur l’œuvre d’Alain Daniélou ; il apparaissait déjà dans Boulevard Saint-Germain, à propos de l’empereur Julien. Et puis, il est un des auteurs de l’ouvrage collectif que m’ont consacré les Editions du Sandre.
Belge, Christopher Gérard fut un membre actif de la Société des amis de Gabriel Matzneff, fondée à Bruxelles en 1995 par Elisabeth Lechien et Véra Stepanowa, dissoute en 2006. A l’époque, il dirigeait une revue, Antaïos, érudite mais jamais abstruse, où le paganisme gréco-romain, si cher à mon cœur, occupait une place royale. Ce fut par le truchement de la Société et de sa revue, où il témoignait de l’intérêt qu’il portait à mon travail d’écrivain, que nous nous liâmes d’amitié.
Aujourd’hui, ce n’est pas sa bibliothèque d’helléniste et de latiniste qu’il nous ouvre dans Quolibets, c’est sa bibliothèque contemporaine. On y rencontre des savants qui partagent son intérêt pour le monde païen – le Père Festugière, Jacqueline de Romilly -, mais aussi des romanciers, des poètes. Certains me sont familiers, il y en a d’autres dont, je le confesse, j’ignorais jusqu’à l’existence. J’ai eu plaisir à y rencontrer certains de mes amis : Alain de Benoist, Renaud Camus, Claude-Michel Cluny, Guy Dupré, Claude Imbert, Dominique de Roux, Marcel Schneider, Pol Vandromme (liste non exhaustive).
Trois grands aînés : Barbey d’Aurevilly, Paul Morand, Ernst Jünger.
A lire la liste des auteurs qu’il aime (je ne parle pas des inconnus dont je ne sais rien), on peut se faire une image assez précise de l’univers esthétique et spirituel de Christopher Gérard. Un homme de droite ? Soit, mais le fait que, même à l’époque où les bien-pensants me mettaient au pilori, ce courageux matznévien continuait, imperturbable, à louanger mes livres, prouve que, par delà ce genre d’ étiquette réductrice, il est d’abord un esprit libre.
Dans son exorde, l’auteur précise que son titre signifie quod libet, « ce qui plaît ». Bravo ! Bravissimo ! Nous ne devons jamais perdre une occasion de publier nos enthousiasmes, nos admirations, car telle est la marque d’une nature généreuse. Ceux qui , par crainte de paraître moins originaux, s’y refusent, sont toujours des médiocres, des troisièmes couteaux.
Christophe Gérard et moi, nous avons en commun le goût de quelques écrivains, la plupart antérieurs à la naissance de Jésus-Christ, et, ce qui est beaucoup plus important que la littérature, un égal attachement à la bonne chère et au bon vin. Traditionnellement, nous nous retrouvons à Bruxelles chaque automne pour y savourer de concert les premiers perdreaux (qui, curieusement, arrivent sur les cartes des restaurants belges deux ou trois semaines avant d’atterrir sur les françaises). Vu l’impermanence des choses, et la fugacité de la vie, je prie les dieux de nous permettre une fois encore, fin septembre, de sacrifier à ce rite.

Gabriel Matzneff
www.matzneff.com
21 août 2013


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