Les Nouvelles Chroniques de Gabriel Matzneff
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Chronique du 29 août 2007

Nathalie Rheims


Longtemps, j’ai eu la conviction qu’une des jeunes femmes qui ont partagé ma vie écrirait un roman sur nos amours ; je le pensais en particulier de celles dont les lettres qu’elles m’écrivaient du temps que nous étions ensemble manifestaient un réel talent d’écrivain, un vrai don pour l’écriture. Un jour, longtemps après ma mort, ces lettres ... (suite)


2007-08-30 20:16:58 GMT
Comments (12 total)
Author:Anonymous
M. Matzneff,

Tous les conseils de ce genre sont cavaliers et même discourtois, j'en conviens, mais, s’il ne s’agit pas des lettres de vos amantes, un recueil de vos lettres ne sauraient être posthume. Tout de même ! Vous rateriez ce balthazar ? Pour rien au monde, je vous dis !

Je suis étonné que Marie-Elisabeth ait perdu sa verve créatrice qui semblait innée chez elle. Baby Boom ne peut faire ça à son cher Calamity. Une véritable flamme n’est jamais morte…

Bien à vous,

John S.

--John S.
2007-08-31 15:39:37 GMT
Author:Anonymous
Vous savez, les hommes ne sont pas forcément tous comme vous. Si ces jeunes filles vous ont oublié de façon aussi cruelle, c'est peut-être aussi parce que vous leur avez fait beaucoup de mal. Le mal, au bout d'un moment, on veut s'en éloigner à tout prix. Aimer, je pense, c'est avant tout vouloir du bien à l'autre. Vous me rappelez beaucoup un homme qui était comme vous. Je n'ai plus que de mauvais souvenirs de lui...
2007-09-01 19:06:13 GMT
Author:Anonymous
Personnellement, c'est la correspondance avec vos maîtres, Cioran, Montherlant, Hergé dont j'estime la publication prioritaire. Ces lettres appartiennent à l'histoire de la littérature. Je n'imagine pas que vous puissiez nous en priver.
--Albin
2007-09-04 07:14:55 GMT
Author:Anonymous
Bonjour,

Je veux simplement vous dire ici, sans flagornerie aucune,le plaisir inhabituel que je ressens à la lecture de vos romans depuis de longues années.
L'écriture est devenu une denrée un peu plus rare au sein de l'édition et vous êtes un des rares exemples d'hommes à mériter le titre d'écrivain( l'autre étant pour moi Modiano ).
Je ne peux arpenter Paris et traverser le Luxembourg ou les rues avoisinantes sans y chercher votre trace...littéraire s'entend.
Je ne suis guère conformé pour l'admiration mais néanmoins je vous compte au rang de mes exceptions tolérables.

PS: En traversant ce midi le jardin du Luxembourg je me demandais vaguement quel pouvait bien être votre lieu favori!!:-)

Pourvu que je ne tourne pas au fétichisme béat !!!!
--Louis R.B
<mailto:minojade@hotmail.com>
2007-09-04 14:51:36 GMT
Author:Anonymous
Pour ma part je trouve suspecte la décision radicale de certaines jeunes filles, arguant que « vous leur avez fait de trop de mal »,de vous gommer de leur vie. Certes, ainsi que vous le rappelez vous-même, la souffrance semble faire inéluctablement partie de la vie de celles qui aiment passionnément un artiste tel que vous. Mais l’argument selon lequel ces jeunes femmes n’écriraient pas car elles souhaiteraient s’éloigner à tout prix de ce « mal » ne me semble pas très valide (ou très honnête). Au demeurant, n’est-ce pas précisément pour transcender sa propre souffrance et lui donner un sens que, très souvent, on décide d’écrire ? Par ailleurs, ainsi que vous le soulignez justement, en amour félicité et souffrance sont souvent les deux faces d’un même Janus. Alors pourquoi oublier l’une pour ne retenir que l’autre, alors même que les lettres de vos oublieuses amantes témoignaient davantage du bonheur vécu avec vous que du mal que vous leur faisiez ? Pourquoi cette amnésie sélective ? Au risque de me faire beaucoup d’ennemies (et de passer pour l’aveugle intercesseur de Gabriel Matzneff), je répondrais d’abord que ces jeunes femmes souffrent davantage à cause d’elles-mêmes, de leurs imprudentes chimères, de leur propre « échec » (ou de ce qu’elles vivent comme tel) qu’à cause de leur ancien amant - si « calamiteux » a-t-il été peut-être !
La plupart des jeunes femmes qui ont été dans votre vie avaient toutes un point commun, une idée fixe : défier Don Juan, le réformer puis devenir celle qui occupera la première place dans votre vie, dans votre cœur et dans votre œuvre. On peut aisément imaginer dans ce contexte que leur véritable bonheur résidait au moins autant dans la perspective future de celui que vous alliez devenir, avec et grâce à elles, que dans ce que vous étiez dans l’instant présent. Elles ont rompu parce qu’elles ont fini par comprendre, pour certaines d’entre elles plusieurs années plus tard, qu’elles avaient échoué, qu’elles n’atteindraient jamais leur but, que vous ne seriez jamais celui qu’elles rêvaient que vous fussiez. Echec d’autant plus amer et cruel que l’on sait dans le secret de son cœur que l’on en est la seule et véritable responsable. Ecrire sur vos amours ? C’est accepter aussi de ne pas se ménager soi-même, c’est reconnaître que l’on s’est parfois un peu menti à soi-même, c’est révéler que derrière l’amour votif et absolu que l’on vous a jadis juré se cachaient des sentiments beaucoup moins avouables comme l’orgueil et la volonté de domination, écrire c’est prendre le risque de ne pas (toujours) avoir le beau rôle. Il ne suffit pas d’avoir une disposition pour l’écriture pour pouvoir écrire, il faut aussi, je crois, beaucoup d’humilité…
Aimer, certes, c’est « vouloir du bien à l’autre », encore faut-il se mettre d’accord sur ce que l’entend par le « bien à l’autre ». J’ai pour ma part une autre définition : c’est accepter de le voir et de l’aimer tel qu’il est vraiment et non pas tel que nous aimerions qu’il fût.
Nadia
2007-09-22 14:53:22 GMT
Author:Anonymous
Je suis touché par ces commentaires, et même par ceux qui se sont dénigrants, courtoisement agressifs. "L'amour, c'est la douleur", je ne suis pas le premier à le penser ni à l'écrire, Tolstoï l'a écrit avant moi, et sans doute de très nombreux écrivains ont, avant Tolstoï, développé ce thème. Je ne veux ni ne puis me défendre, me justifier. Ce qu'en revanche je puis écrire, et jurer sur l'icône de la Sainte Vierge, jurer sur mon salut éternel, c'est que j'ai toujours désiré rendre heureuses les jeunes personnes qui m'ont fait (ou me font) l'honneur de partager ma vie, que j'ai horreur de faire souffrir celles que j'aime, que si j'ai été (si je suis) pour elles une occasion de souffrance, ce ne fut (ce n'est) jamais délibérément. Ce sont la passion et l'amour qui sont une source d'inquiétude et de tourment, ce n'est pas moi. J'aurais fait du mal à certaines de mes amantes ? Soit, mais elles aussi m'ont fait du mal, m'ont rendu fou de douleur, et celles de mes lectrices qui ont lu "Isaïe réjouis-toi", "Ivre du vin perdu", "Les Lèvres menteuses", "Voici venir le Fiancé" savent que cette souffrance que m'ont infligée certaines des femmes que j'ai le plus aimées n'a pas été négative, n'a pas été une souffrance à oublier, à nier, puisqu'elle a été pour moi une source d'inspiration poétique et romanesque. Si ces jeunes personnes m'ont fait cruellement souffrir, c'est parce qu'elles me rendaient fou de bonheur, la souffrance et le bonheur sont en amour aussi consubstantiels que le sont le Corps et le Sang du Christ dans le calice que le prêtre nous présente lors de la communion. Des amours mortes ne retenir que la douleur, ne vouloir se souvenir que de la douleur, et feindre d'oublier la félicité, les précieux moments de complicité, de plaisir, de tendresse, d'harmonie, c'est une misérable impiété, c'est malhonnête, honteux, déshonorant.
Puis-je rappeler en outre que je ne suis pas seulement un amant, je suis aussi un écrivain. On peut cesser d'aimer l'homme, cela ne devrait pas empêcher de continuer d'aimer l'artiste. Si une de mes ex-amantes, perdue de vue depuis très longtemps, et pour laquelle je n'éprouverais plus aucun sentiment amoureux, publiait un livre, ou tournait un film, ou exposait ses toiles dans une galerie, je serais le premier à m'y intéresser, à la féliciter de son travail.
"Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine/ Qui vous mangera de baisers,/ Que j'ai gardé la forme et l'essence divine/ De mes amours décomposés!" (Baudelaire.)
J'ai horreur des oublieuses, des renégates.
Gabriel Matzneff
--Gabriel Matzneff
2007-09-22 20:27:43 GMT
Author:Anonymous
Alors ? Toujours pas de nouvelle chronique ?!
2007-10-12 11:57:50 GMT
Author:Anonymous
L'internaute qui réclamait une "nouvelle chronique" aura, je l'espère, été comblé par mon texte sur le camembert, Tintin et le politiquement correct. Bonne lecture!

--Gabriel Matzneff
2007-11-04 10:35:40 GMT
Author:Anonymous
Gabriel,

P-e qu'écrire pour certaines, c'est tout simplement difficile, laborieux, pas naturel ,etc...Personnellement on me dit très douée pour l'écriture et pourtant je suis incapable de noircir plus d'une page et demi ( quand je suis en forme!).
J'ai pourtant ,il est vrai la matière , la sensibilité , mais bon sang, quand il s'agit de coucher ça sur papier c'est une autre histoire!
Tout le monde n'est pas né , la plume à la main comme vous.
Et écrire un roman c'est autre chose qu'écrire une lettre...ça demande de s'extraire de sa vie quotidienne ce qu'il n'est pas aisé ne croyez-vous pas?
Bien à vous,
Pauline de Lannoy
2007-11-04 13:37:14 GMT
Author:Anonymous
Ce qu'écrit Nadia sur l'orgueil, le désir de possession est très juste et me rappelle ce que dans le troisième roman de Matzneff, "Isaïe réjouis-toi",l'archevêque Théophane dit à Nil de l'ambiguité des "Je t'aime" où très souvent il y a un énorme J majuscule et un minuscule t, des "Je t'aime" qui trop souvent signifient seulement "tu m'appartiens". Quant à Pauline, je lui fais remarquer qu'il y a une différence (pour reprendre la comparaison faite par Gabriel M. dans cette chronique) entre une ex-amante qui tente de faire un portrait de Picasso et une ex-amante qui renie Picasso et affecte d'effacer tout ce qu'ils ont vécu ensemble.
--Marie Linsky
2007-11-04 14:29:00 GMT
Author:Anonymous
Ah oui, merci beaucoup pour cette nouvelle chronique !! Je les attends toujours avec beaucoup d'impatience ! Toujours hâte de les lire !
2007-11-11 18:00:32 GMT
Author:Anonymous
erreur, cher Gabriel! Un récit de nos amours défuntes a bien été ecrit il y a une vingtaine d'années, intitulé une trace lumineuse, référence à ta lettre de rupture( que j'ai retrouvée mot pour mot dans de la rupture et qui me fit une seconde fois l'effet d'un coup de poignard...)
--anne
<mailto:atoomuch@yahoo.fr>
2008-06-22 15:28:33 GMT
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