Les Nouvelles Chroniques de Gabriel Matzneff
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Chronique du 15 octobre 2007

Le camembert, Tintin, même combat ?



Est-ce parce que nous n’avons pas eu d’été et que sous un ciel uniformément gris nous sommes passés directement du printemps à l’automne ? Les nouvelles de la rentrée n’ont rien qui enthousiasme et réjouisse nos cœurs. Ainsi, nous avons simultanément appris que les deux principaux industriels du camembert, Isigny-Sainte-Mère et Lactalis, renoncent à fabriquer leur camembert au lait cru, renoncent à leur AOC au nom de la sécurité alimentaire et que  ... (suite)


2007-10-20 20:03:50 GMT
Comments (28 total)
Author:Anonymous
Ce qui est triste c’est que la défense de principes témoignant d’un certain progrès, comme la sécurité alimentaire ou la vigilance contre les préjugés racistes, aboutisse finalement à une forme d’intolérance et de pensée étroite tout aussi inquiétante que les maux qui sont censés être défendus. Progrès et société paranoïaque ne font visiblement pas très bon ménage… et il ne reste plus guère que des esprits libres tels que vous pour rappeler des vérités qu’on aurait facilement tendance à oublier. Je n’ai qu’une question : peut-on espérer voir un jour vos salubres chroniques recueillies dans un nouveau volume (le dernier datant déjà de 2004…) ?
Nadia

2007-10-22 16:04:45 GMT
Author:Anonymous
Chère Nadia, oui, après "Le Sabre de Didi" (1986), "Le Dîner des mousquetaires" (1995), "C'est la gloire, Pierre-François!" (2002) et "Yogourt et yoga" (2004), j'ai l'intention de publier un cinquième recueil de textes. J'y travaille présentement et l'ouvrage paraîtra dans le courant de l'année 2008. Il comportera les chroniques parues sur ce site, mais aussi plusieurs dizaines d'autres textes, soit publiés dans des journaux aujourd'hui disparus et qu'il est impossible de consulter, dans des journaux qui existent encore tels que "Le Monde", dans des livres collectifs,soit inédits. Un ensemble très important, précédé d'une longue préface. Merci de l'attention que vous témoignez à mon travail.
--Gabriel Matzneff
2007-10-23 17:01:29 GMT
Author:Anonymous
Maître,

Je me réjouis de l'annonce de la publication prochaine d'un nouveau recueil de vos chroniques.

Etant d'une famille de droite nationaliste, j'ai de nombreuses publications de cette famille de pensée dans mes archives. Entre autres, "Aux écoutes, le défunt hebdomadaire de Paul Lévy, repris par sa veuve à partir de 1960.

Dans la premières partie des années 1960, vos chroniques y abondaient. Mais pourquoi donc signiez-vous la plupart d'entre elles du nom de Gyges ? Et pouquoi en avez-vous repris si peu dans vos recueils ? Elles sont pourtant d'excellente qualité, comme en témoignent les deux ou trois que vous avez sauvées de l'oubli. Lorsque vous dressez la liste des journaux auxquels vous avez collaboré vous ne manquez d'ailleurs jamais de citer "Aux écoutes", et c'est à juste titre.

D'autre part, j'apprends que les éditions Bartillat vont bientôt publier un recueil des chroniques de télévision de François Mauriac (malheureusement, il semble que le titre que portait ces chroniques dans le Figaro littéraire, "Les hasards de la fourchette", sera remplacé par le très plat "Télé-chroniques". Charles Ficat me déçoit).

Et vos chroniques de télé à vous, Maître, les trouvera-t-on bientôt en librairie ?

Bien respectueusement

Claude
--Claude
2007-10-30 00:29:01 GMT
Author:Anonymous
Chère Madame, ou Cher Monsieur (j'ai cherché dans votre aimable lettre un adjectif qui m'indiquât si vous étiez un homme ou une femme mais je n'en ai pas trouvé), mes rapports avec ce que vous appelez "la droite nationaliste" sont égaux à zéro. Je ne suis ni de droite, ni nationaliste. Cela posé, j'ai donné des textes à des gazettes de droite telles que "Aux Ecoutes" dirigée par Mme Paul Lévy ou "La Nation Française" dont le directeur était Pierre Boutang, sans être pour autant de droite, de même que j'ai donné des textes à "La France catholique" sans être pour autant catholique, au "Gai Pied" sans être pour autant homosexuel, aux "Lettres Françaises" dont le directeur était Louis Aragon sans être pour autant communiste, à "Impact-Médecin" sans être pour autant médecin. Je donnais du Matzneff, et rien que du Matzneff, indépendamment de la couleur politique du journal. Mes textes parus dans la presse de gauche auraient très bien pu paraître dans la presse de droite, et vice-versa. Que ce fût à "Combat", au "Monde" ou ailleurs, je ne me suis jamais senti responsable que du texte que je signais ; c'était lui seul qui m'importait, et je me souciais peu de ce qui l'entourait. Pour en venir à la question que vous me posez touchant les quelques chroniques signées Gygès parues à "Aux Ecoutes", la réponse est simple. Mme Paul Lévy (la maman de Thierry Lévy, qui allait devenir le grand avocat que vous savez, qui fut mon défenseur dans l'affaire du Coral - cf. "Le Sabre de Didi" - et qui est un de mes plus chers amis) avait un jour (c'était en 1963, je débutais, je n'avais encore publié aucun livre) lu une de mes chroniques de "Combat", celle-ci lui avait tellement plu qu'elle m'écrivit pour me demander de collaborer à son hebdomadaire. J'acceptai avec plaisir, car à "Combat" j'étais payé des nèfles, et Mme Lévy m'offrait, elle, une pige éblouissante, cela mettait du beurre dans les épinards. Très vite, une de mes chroniques fut coupée, modifiée, sans que la rédaction de "Aux Ecoutes" m'en eût ni averti ni demandé l'autorisation. J'exigeai alors que dès qu'un mot de mon texte serait censuré, une virgule modifiée, celui-ci ne parût pas sous mon nom, mais fût signé Gygès. Voilà pourquoi je ne considère pas les quelques chroniques signées Gygès comme étant du pur Matzneff ; voilà pourquoi je n'ai pas l'intention de les reprendre dans mes recueils, à l'exception d'une ou deux où, si mes souvenirs sont exacts, la censure de la rédaction se réduisit à peu de chose.
Je vous remercie de votre lettre qui m'a permis de faire cette mise au point.

--Gabriel Matzneff
2007-10-30 08:05:57 GMT
Author:Anonymous
Je suis stupéfait par ce qu'écrit Claude. Je n'ose croire que Charles Ficat, le plus lettré, le plus fin, le plus érudit de nos jeunes éditeurs (par ailleurs écrivain de qualité) se permette de débaptiser les savoureux "hasards de la fourchette" de Mauriac !

Et comme Claude, j'attends avec impatience que Gabriel Matzneff publie à son tour ses fameuses chroniques de télévision, dont j'ai souvent entendu parler sans en avoir jamais lu une seule.

Concernant les corrections intempestives dont fait état M. Matzneff, Benoît Duteurtre s'en plaint lui aussi sur son site, et il n'est pas le seul. Les auteurs sont souvent corrigés au sens où l'on se fait corriger, le soir, au coin d'une rue ! J'ai connu cela à mon modeste niveau. Vous remettez un texte écrit en bon français et on vous le traduit en charabia. D'où, en effet, comme M. Matzneff dut s'y résoudre, l'obligation de signer d'un pseudonyme si on ne veut pas passer auprès des lecteurs pour un illettré.
--Titus
2007-10-30 12:13:19 GMT
Author:Anonymous
Ce dimanche de la Toussaint me permet de lire toutes vos dernières chroniques, cher GM ! Celle-ci m'inspire une question. Fanny Hergé, si souvent présente dans votre journal intime, a-t-elle lu ce texte où vous prenez avec tant de flamme la défense de son feu mari? Vous en a-t-elle remercié ? La voyez-vous autant que du vivant d'Hergé ?
--Marie Linsky
2007-11-04 14:46:45 GMT
Author:Anonymous
Chère Marie, puisque vous êtes une familière de ce site (j'y ai vu votre nom à maintes reprises), ce qui me fait plaisir, vous avez certainement lu à la rubrique "Infos" que, voilà quelques mois, j'ai donné une longue interview à la revue tintinophile "Doryphores!" Lisez cet entretien et vous saurez les raisons pour lesquelles, bien que notre amitié soit toujours aussi vive, Fanny et moi nous ne nous voyons plus aussi souvent qu'à l'époque où elle était Madame Georges Remi. Hélas, chère Marie, "fugit irreparabile tempus"...
--Gabriel Matzneff
2007-11-04 17:04:49 GMT
Author:Anonymous
Il est toujours instructif de se pencher sur les manifestations les plus affligeantes de la bêtise humaine. A ce titre, notre époque est certainement une période fertile, car la bêtise semble s'y épanouir sans effort, comme encouragée par un environnement propice. Elle se répand comme un lierre. Elle s'accroche aux sols que l'on croyait trop arides, et s'enroule autour des idées et des hommes au risque de les étouffer.

Vous relevez dans l'actualité récente deux des manifestations les plus symptomatiques de la bêtise contemporaine. Elles sont éloquentes. Elles nous disent d'abord la sottise de ceux qui prétendent faire la loi ou l'opinion sur des sujets que l'on croyait définitivement à l'abri de leur capacité de nuisance. Elles préfigurent ensuite la société dans laquelle certains rêvent de nous propulser.

Le parallèle que vous établissez est tout à fait saisissant. Le camembert et Tintin livrent effectivement le même combat. En tout cas, ils sont la cible d'attaques de même nature, de la part de ceux qui travaillent à aseptiser la société, à la vitrifier jusque dans ses moindres recoins, sous prétexte de la protéger. Rien n'échappe à leur œil de cyclope. Dans le cadre de cette mission de désinfection générale, la vigilance des commissaires invisibles (européens, politiques, etc.) s'exerce à la manière d'un filet dont les mailles serrées permettent de ramasser et d'isoler les produits, les idées, ou les humeurs qui ne seraient pas conformes au canon général fixé par les puissances autoproclamées du Bien. La gastronomie et la culture constituent des zones à risques qu'il convient pour eux de stériliser en priorité. Car enfin, c'est bien par les plaisirs, ou par leurs véhicules privilégiés, que nous risquons la contamination la plus facile et la plus foudroyante.

Ne sourions pas trop de ces initiatives liberticides, qu'elles proviennent de cette vipère administrative lovée au cœur de la patrie d'Hergé, ou de ces groupes de pression qui ont l'oreille du politiquement correct. Ne nous croyons pas à l'abri des conséquences de tels méfaits … même si nous possédons déjà une bonne vieille collection de Tintin non expurgée sur laquelle les censeurs ne porteront pas le ciseau, dussions-nous la cacher sous nos planchers ! Songeons à la société dans laquelle nous vivrons si, demain, le moindre Khmer (rouge, vert, gris ou revêtu de la couleur de l'arc-en-ciel) décidait que telle ou telle page de l'un de nos chefs d'œuvre littéraire contrariait les canons de la pensée unique ! Sans parler de la liberté d'expression ou de dégustation !

Il y a dans toutes ces démarches une infantilisation insupportable du "citoyen", que l'on prétend protéger en le ligotant et en le jetant dans une cellule capitonnée.

C'est le combat de la liberté que livrent, sur le même front, Tintin et le camembert. Il nous incombe de combattre à leur côté car une bande dessinée censurée ou un camembert aseptisé constitue un véritable recul de nos libertés, aussi minuscules soient-elles. Mais le bonheur n'est-il pas fait aussi de ces plaisirs minuscules ?

Dans le cadre d'une réflexion dont le champ et la portée étaient évidemment plus larges, Henry de Montherlant écrivait dans l'un de ses "carnets" :

"En tous pays, la loi s'hypnotise sur des délits infimes, ou qui même n'en sont pas, et déshonore un homme pour des actes que tout individu intelligent juge moralement et socialement sans importance. Mais la bassesse de l'âme, la médiocrité, la lâcheté, l'absence de patriotisme, ou plutôt l'antipatriotisme "passent au travers", et désagrègent peu à peu une nation à laquelle des millions de faux délits ne portaient pas le moindre préjudice.(1)"

David


P.S : Peut-être faut-il signaler le petit ouvrage très intelligent que Pol Vandromme, a consacré au "monde de Tintin" : Pol Vandromme, "Le monde de Tintin", Editions de la Table Ronde, 1994.

(1) Henry de Montherlant, "Carnets - années 1930 à 1944", Editions Gallimard, 1957.

--David
<mailto:david1973paris07@yahoo.fr>
2007-11-04 21:27:26 GMT
Author:Anonymous
Bonjour chers amis matznéviens (et bonjour à M. Matzneff en personne !)

J'ai contacté Charles Ficat qui m'a assuré que le titre "Téléchroniques" n'est ni de lui, ni de Constance de Bartillat, mais de Jean Touzot qui a réuni, présenté et annoté lesdites chroniques.

Le titre "Les hasards de la fourchette" n'a pas été retenu car le volume contient d'autres chroniques que celles parues sous cette rubrique dans Le Figaro littéraire.

Je m'en voudrais de contrarier un si éminennt mauriacien que M. Jean Touzot, mais le titre qu'il a choisi me paraît, à moi aussi, des plus banals. Le titre "Les Hasards de la fourchette" ne me paraîtrait pas abusif, même si le volume contient d'autres chroniques : n'est-il pas d'usage de donner pour titre général à un recueil de nouvelles le titre de l'une d'elles ?
--Espèrendieu
2007-11-05 16:42:13 GMT
Author:Anonymous
M. Espèrendieu a raison. J'ai pour ma part publié à ce jour quatre recueils de textes, "Le Sabre de Didi", "Le Dîner des mousquetaires", "C'est la gloire, Pierre-François!", "Yogourt et yoga", et chacun de ces titres est celui d'un chapitre éponyme. En ce qui concerne François Mauriac, lorsqu'on a un titre aussi épatant que "Les Hasards de la fourchette", on le garde !
--Gabriel Matzneff
2007-11-06 05:44:43 GMT
Author:Anonymous
J’ai hésité avant d’oser m’aventurer à émettre un point de vue sur vos nouvelles Chroniques tant les intervenants me semblent témoigner d’un grand savoir et d’une vive et impressionnante connaissance de votre œuvre. Ce qui m’émeut depuis toujours c’est que, à ma connaissance, vous êtes un des rares écrivains contemporains qui ait l’élégance rare et la simplicité d’épauler des confrères et des complices menacés. De les défendre, les admirer ou de les protéger de l’oubli. Vous rendent-ils la pareille ? J’imagine une longue farandole d’amis qui se monopoliserait chaque fois que vous seriez agressé, censuré, mis à l’écart par les médias. Les exemples où vous créez des «Comités de défense » en esprit sont si nombreux qu’il faudrait laisser le soin à ceux ou celles qui ambitionnent d’accomplir une thèse sur le sujet. Pour ce qui concerne Tintin, la presse belge a confirmé que les éditions Casterman ont eu gain de cause. Elles ont bénéficié d’un non-lieu pour cause de prescription. Mais il faut rester vigilants car, par exemple, dans les Picaros, Madame la générale Alcazar, en bigoudis et accent wallon, pourrait bien devenir un jour la cible de nouvelles ligues féministes. J’aimerais demander à votre lectrice Marie Linsky si elle a trouvé votre texte sur Hergé dans Doryphores car je suis tombée sur un site en portugais où votre texte ne figure pas. Je suis un peu surprise que personne n’ait encore manifesté de réaction à votre bouleversant témoignage de la Journée Montherlant du 25 septembre à Bruxelles annoncé par Titus sur le Forum et intitulé : «Hommage au roi mort ». Avez-vous été touché par l’accueil enthousiaste qui vous a été réservé ? Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Dostoïevski quand il a prononcé son discours sur le tombeau de Pouchkine. Votre intervention était si «différente » de celle des sentiers battus qu’il me semble qu’elle devrait, elle aussi, être éditée car c‘est une vraie page d’anthologie. Je le dis sans flagornerie. Vérakwrwbh
2007-11-06 07:29:13 GMT
Author:Anonymous
Chère Vérakwrwbh (votre prénom est-il syldave ?,
le texte sur Montherlant auquel vous faites allusion sera publié dans mon cinquième recueil de textes à paraître en 2008, sans doute à l'automne ; un recueil qui (j'en reviens à la conversation ci-dessus)portera, comme les quatre précédents, le titre d'un de ses chapitres. Tous les tintinophiles se réjouiront de la bonne nouvelle que vous nous donnez à propos de la victoire juridique des Editions Casterman. Alleluia!Quant à l'accueil si chaleureux qui m'a été réservé le 25 septembre dernier à Bruxelles, oui, j'en ai été heureux et d'autant plus ému qu'en France un tel accueil appartient pour moi au passé : le ministère des Vices et des Vertus veille, et l'étoile de sulfureux lbertin que les imbéciles quakers et quakeresses m'ont collée au front jne s'en détachera qu'avec ma mort. Cela n'empêche pas mes éditeurs (Antoine Gallimard, Léo Scheer)d'avoir foi en moi, de me soutenir, et que mes livres continuent d'être publiés n'est-il pas en définitive l'essentiel ?
--Gabriel Matzneff
2007-11-06 11:46:05 GMT
Author:Anonymous
Merci pour cette chronique intelligente et nécessaire.
En ce qui concerne l'oeuvre d'Hergé, rappelons la publication "à l'identique" des premières éditions couleur avec ce papier d'un grain inimitable et des a-plats de couleur digne des originaux.Ne serait-ce que pour "L'Or Noir" qui était totalement défiguré suite à l'intervention de l'éditeur anglais de l'oeuvre cette collection valait vraiment d'être initiée.
Quant au camembert, je le choisis au lait cru comme il se doit.....!
--Louis RB
2007-11-06 11:59:10 GMT
Author:Anonymous
Cher Monsieur Matzneff,

Je me félicite que deux de vos éditeurs vous soutiennent, mais je m'étonne de l'absence du troisième, qui se trouve être celui qui compte à son catalogue le plus grand nombre de livres de vous. Sans doute s'agit-il d'un simple oubli.
--Tiitus
2007-11-06 20:36:45 GMT
Author:Anonymous
Je présume que Titus évoque La Table Ronde? Je me trompe peut-être, mais n'a-t'elle pas été "absorbée" par la maison Gallimard depuis deux ou trois ans ? --Véra--
2007-11-07 08:55:13 GMT
Author:Anonymous
Antoine Gallimard est désormais propriétaire de La Table Ronde, comme il l'est du Mercure de France et de Denoël. Ces trois maisons ont chacune leur adresse, mais l'unique adresse centrale est le 5 rue Sébastien-Bottin 75007 Paris.
--Piton
2007-11-07 11:10:45 GMT
Author:Anonymous
Lors d'un de ses récents passage au "LIbre journal des éditeurs", une émission de Radio-courtoisie présentée par Jean-Yves Dournon, j'ai adressé une question à Denis Tillinac, PDG de la Table Ronde sur son lien de subordination au groupe Gallimard. Il m'a répondu que, certes, le capital de La Table Ronde appartient aujourd'hui, quasiment en totalité, à Gallimard mais que sa maison conserve une liberté éditoriale absolue.

Cette autonomie éditoriale est supérieure à celle du Mercure de France ou de Denoël, filiales à 100 % de Gallimard depuis de nombreuses années. Si vous vous rendez sur le site de Gallimard

http://www.gallimard.fr/

vous constaterez d'ailleurs que La Table Ronde, contrairement au Mercure ou à Denoël, n'y apparaît pas.

Cette autonomie éditoriale m'a été confirmée, de vive voix, par Jean-François Colosimo, alors directeur littéraire de la Table Ronde (le poste est aujourd'hui occupé par Alice Déon, fille de l'illustre hussard).
--Titus
2007-11-07 12:00:24 GMT
Author:Anonymous
Petite précision à propos du message précédent : "Si vous vous rendez sur le site de Gallimard". Il faut lire : "la page d'accueil du site de Gallimard". (dans les autres pages, il est fait référence au catalogue de la Table Ronde.)
--Titus
2007-11-07 12:10:14 GMT
Author:Anonymous
Cher Monsieur Matzneff,
Je me permets de vous poser une question simple et, certes, peut-être, indiscrète. J'aurais souhaité savoir pour quel candidat vous avez voté aux élections présidentielles. Vous avez, en effet, une identité politique (et comportementale, comme on le voit dans votre oeuvre) bien floue...
Deuxième question: publierez-vous bientôt une suite de votre journal, et quand ?
Je vous remercie d'avance pour vos réponses
Irène
2007-11-09 08:58:15 GMT
Author:Anonymous
Chère Irène, de même que le médecin est tenu au secret médical non seulement du vivant de son patient mais aussi après que celui-ci est mort, de même le secret de l'isoloir est un privilège de la démocratie que nous envient ceux qui, dans les pays soumis à une dictature, sont contraints de voter à main levée. Quant à la suite des "Demoiselles du Taranne" je suis occupé à la dactylographier et les tomes contenant le journal des années 1989 à 2007 seront régulièrement publiés au cours des années à venir. Toutefois, en 2008, ce seront l'édition de poche de "Comme le feu mêlé d'aromates" et un nouveau recueil de textes que vous verrez dans les vitrines des librairies. Je vous remercie de l'attention que vous portez à mon travail.
--Gabriel Matzneff
2007-11-09 18:50:40 GMT
Author:Anonymous
Bonsoir, Je voudrais saluer le lecteur - ou la lectrice ? - qui, sur le forum, a eu la bonne idée de suggérer de relire «Harrison Paza » pour échapper à la morosité ambiante et à la hargne des coupeurs de têtes. J’avoue que cet ouvrage, publié voilà près de vingt ans, je l’avais un peu oublié. J’étais confortablement installé dans une moelleuse bergère avec cigarillo et grog rhum cannelle, lorsque ma douce épouse, très étonnée - nous avions eu «des mots» le matin à cause de la belle-doche - m’a surpris en train de me bidonner comme le cétacé de Jonas. Je tiens cet hilarant roman comme étant du même cru, pour le ton et l’humour, que «Nous n’irons plus au Luxembourg » et «Mamma, li Turchi ! ». Si je souhaitais le rappeler dans la présente Chronique, c’est parce que, telle l’œuvre d’Hergé, ce roman n’a pas pris une seule ride non plus. Pour ceux et celles qui ne l’ont pas encore lu en voici, pour la mise en bouche, les premières lignes :
« - Cher Rodin, vous qui savez tout, comment dit-on «Je vous aime » en tagalog ? Les quatre hommes dînaient à la terrasse du Barrio Fista, dans le quartier chaud d’Ermita. Quatre Français. Le plus vieux avait quatre-vingts ans, et c’était son anniversaire ; le plus jeune, cinquante. Un ancien professeur de latin-grec, un avocat à la retraite, un banquier, un oisif. Ils mangeaient du cochon rôti et buvaient de la bière San Miguel. Le banquier haussa les épaules et, après avoir bruyamment avalé un morceau de «lechon », avança les lèvres en une moue de dédain. - Je vais vous décevoir, je l’ignore, n’en ayant pas l’usage. A Manille comme à Paris, c’est une phrase que je ne prononce jamais. En revanche, je sais comment on dit «trou du cul ». Dulaurier lança un coup d’œil à Kolitcheff. Le ton sentencieux de Rodin, cette manière qu’il affectionnait de toujours faire la leçon à son entourage, agaçaient le vieux professeur. - Oh ! s’écria Me Béchu, attentif aux détails pratiques, «trou du cul », c’est intéressant. Comment le dites-vous ? Rodin regarda autour de lui, et fit signe à ses commensaux de rapprocher leurs têtes au-dessus du cochon de lait. Avec lui, c’était la conspiration permanente. - A la table voisine, des Philippins m’observent. Je ne veux pas qu’ils lisent ce mot sur mes lèvres. «Trou du cul» se dit «poët». - «Poète» comme poète ? gloussa Béchu. - Exactement, mon cher. Il n’y a de poésie que dans le trou du cul. Rodin se rengorgea, content de son effet. Dulaurier s’agitait sur sa chaise. Il supportait le banquier parce que c’était un des meilleurs amis de Nil Kolytcheff, mais il ne se sentait pas d’atomes crochus avec cet ambigu de mufle et de folle, de bourgeois et de truand. Il l’avait surnommé la Reine Mère. - Nous sommes tous de terribles narcisses, dit-il à Kolytcheff, mais chez vous et moi, comme chez Béchu, l’égoïsme est gazé par la civilité. Rodin, lui, est un homme du monde. Nil reconnaissait que le tempérament jaloux de Rodin, qui le poussait à la médisance et à la raillerie, était difficile à supporter.» A suivre... Victor B.
2007-11-12 23:15:07 GMT
Author:Anonymous
Cher Victor B., "Harrison Plaza", paru à La Table Ronde en 1987, est parmi mes enfants un de mes préférés, et je suis heureux que vous partagiez ce sentiment. J'espère que votre lettre donnera à ceux qui n'ont pas encore lu ce roman l'envie de l'acheter illico. Mieux : de l'offrir comme cadeau de Noël à quelqu'un qui leur est cher. Quelques centaines d'exemplaires de "Harrison Plaza" vendus avant la fin de l'année pourraient donner à Antoine Gallimard l'envie de le rééditer dans l'une des deux collections de poche de son groupe, Folio ou La Petite Vermillon.Merci d'avoir évoquer ce roman passionné et solaire en ce novembre parisien si grisâtre.
--Gabriel Matzneff
2007-11-13 12:22:31 GMT
Author:Anonymous
Cher Gabriel Matzneff, un de vos personnages, Nil Kolytcheff, se plaint souvent d'être un étourdi, mais vous l'êtes plus encore ! "Harrison Plaza" a été publié en 1988, non en 1987, et tous vos lecteurs, même ceux qui ne vous ont découvert que récemment, le savent, puisque dans votre journal intime de l'année 1988, "Les Demoiselles du Taranne", qui vient de paraître en librairie, vous évoquez très souvent l'écriture de ce roman et sa publication. Cela dit, offir "Harrison Plaza" à Noël, excellente idée !

--Piton
2007-11-14 09:43:05 GMT
Author:Anonymous
L'actualité va vite. Mon précédent message est déjà périmé. Denis Tillinac quitte la présidence de la Table Ronde. Alice Déon le remplace et Françoise de Meaulne devient directrice littéraire. Longue vie à cette prestigieuse maison et puisse-t-elle rester fidèle à l'esprit mousquetaire de son mythique fondateur, Roland Laudenbach !

Titus
--Titus
2007-12-04 18:34:14 GMT
Author:Anonymous
Pour les visiteurs de ce site, l'important est surtout que les livres déjà publiés ou à paraître de Gabriel Matzneff aient de bons et dynamiques éditeurs qui les défendent avec enthousiasme. Le reste, on s'en fiche.
--Piton
2007-12-07 18:06:08 GMT
Author:Anonymous
A lire l'émouvant hommage rendu par Gabriel Matzneff à Roland Laudenbach ("A Dieu, cher Roland" dans "C'est la gloire, Pierre-François"), à écouter son intervention sur le blog de Léo Scheer ( http://www.leoscheer.com/spip.php?page=tv-chaine&id_mot=462 ) , il m'avait semblé que la personnalité de ses éditeurs lui importait, et pas seulement leur efficacité professionnelle. Mais ce n'est que l'avis d'un vulgum pecus, qui ne pèse pas grand chose face à celui de Piton porte-parole autoproclamé des visiteurs de ce site.
--Titus
2007-12-07 20:55:09 GMT
Author:Anonymous
Chers amis, de retour de Florence dont j'ai quitté avec regret le ciel bleu, le vivifiant soleil et l'air tiède, je retrouve en ce jour de l'Immacolata non seulement la pluie froide et le ciel grisâtre de Paris, mais aussi les piques que, Dieu sait pourquoi, s'échangent mes lecteurs sur ce site dont je souhaite qu'il soit un lieu d'harmonie complice et non d'inutiles pointes agressives. Messieurs, restons calmes. Je remercie Titus d'avoir informé les internautes familiers de ce site des changements intervenus à la direction de La Table Ronde ; et je remercie Piton d'avoir formulé le voeu - qui est aussi le mien - que les nouveaux patrons de cette maison d'édition qui m'est chère témoignent à mes livres inscrits à leur catalogue la même attention amicale et chaleureuse, la même volonté de rayonnement que leur ont naguère témoignées Roland Laudenbach et Catherine Du Vivier, Christian Poninski et Pierre-Guillaume de Roux, Jean Picollec, Marie-Thérèse Caloni, Denis Tillinac, Jean-François Colosimo. Entre les remarques et de Titus et celles de Piton, je ne vois aucune contradiction. Elles sont complémentaires. Et je profite de cette occasion pour préciser que c'est à La Table Ronde que paraîtra à l'automne 2008 mon prochain livre ; que c'est à La Petite Vermillon, la collection de poche de La Table Ronde (l'une des deux collections de poche du groupe Gallimard, l'autre étant Folio), que paraîtra en mars prochain "Comme le feu mêlé d'aromates" - un ouvrage que, si je suis alors en France, j'aurai le plaisir de dédicacer au Salon du Livre de la Porte de Versailles ; que c'est à La Table Ronde qu'a paru mon roman intitulé "Harrison Plaza" dont un autre internaute, Victor B., rappelait récemment qu'il constituerait en cette morose fin d'année 2007 le plus solaire et vivifiant des cadeaux de Noël. Joyeux Noël donc, chers amis, et Bonne Année.
8 décembre 2007.
--Gabriel Matzneff
2007-12-08 19:49:54 GMT
Author:Anonymous

Cher Gabriel Matzneff, Merci de faire partager à vos lecteurs un peu de douceur florentine. Il est un peu tôt pour vous souhaiter une paisible fête de la Nativité selon la tradition orthodoxe, ancien style, mais puisque vous nous devancez à la manière occidentale, je ne voudrais pas être la dernière du site à vous remercier de vos bons vœux. C'est avec une gourmandise impatiente que je plonge chaque fois dans vos Chroniques mais, dès lors que vous nous avez promis un nouveau bébé à naître, lorsque la toile devient trop muette à mon goût, c'est toujours un vrai plaisir quand de fidèles bretteurs viennent rompre le silence. La connaissance qu'ils ont de votre œuvre est impressionnante et je trouve leurs concours souvent fort instructifs et très vivants. Pour l'anecdote, je voudrais vous confier que vos Chroniques me rappellent ces temps très excitants de mon enfance, quand le journal Tintin publiait, chaque semaine, deux planches inédites d'un album d'Hergé à paraître. Cela déclenchait toujours d'interminables chamailleries, entre mon frère et moi, pour savoir qui aurait le privilège de lire l'hebdomadaire en premier. C'était avec une impatience fébrile, pareille à celle de vos fans d'aujourd'hui, que nous comptions les jours pour découvrir la suite de l'aventure. En outre, il y avait intérêt d'obtenir de bonnes notes en classe ! Je crois que c'est Balzac ? qui envoyait ses romans par épisodes à des quotidiens qui le publiaient sous forme de feuilletons ? Les auteurs étaient payés à la ligne ou au mot, ce qui motive, peut-être, les interminables descriptions de certains romans classiques qui découragent les pauvres écoliers d'aujourd'hui en les éloignant de la lecture. (Je songe à vos notes élogieuses sur Maupassant dans ? mais dont vous déplorez certaines longueurs que je trouve aussi parfois assommantes). Pour autant que je sache, le diktat qui pèse sur la féminisation des métiers n'a rien prévu pour les mousquetaires, mais j'espère, tel Titus, que la nouvelle direction de La Table Ronde sera la digne héritière de d'Artagnan. A propos, je voudrais vous poser une question sur Harrison Plaza, que j'ai relu avec autant d'enthousiasme que Victor B.- et surtout commandé en plusieurs exemplaires pour déposer sous le sapin, cela va de soi ! Sachant que lors de la parution du roman, en avril 1988, les autoroutes des nouvelles technologies n'en étaient alors qu'à leurs premiers balbutiements - ou réservées aux seuls initiés – que pour être informé sur l'actualité de votre œuvre il n'y avait, à ma connaissance, aucun site qui vous était consacré, j'aimerais savoir si ce beau roman "solaire" fut accueilli par vos lecteurs avec autant de chaleur que les autres. Ou si la raison pour laquelle il n'a pas encore été réédité serait due au fait qu'il se déroule au pays du Pinatubo ? Ce qui serait dommage car, n'en déplaise aux "belles-doches" qui pourraient éventuellement s'indigner sur certains propos subversifs de Rodin, cet ouvrage est avant tout un plaidoyer à l'amour et à sa tendresse, mais aussi à la douceur de vivre sous un ciel bleu tout en dégustant du "cochon de lait rôti à la peau exquisément croustillante"... En cette Belgique, qui n'est pas en guerre, nous nous contenterons d'une dinde juteuse aux pommes et marrons ! Véra de Syldavie
2007-12-14 05:04:51 GMT