Les interviews de Gabriel Matzneff


Portrait d'un anarque, par Christopher Gérard
Antaios XII, hiver 1997



Qui êtes-vous?

Je suis un représentant d'une espèce en voie de disparition: je suis un artiste. Je vous dirais bien: "Je suis un écrivain", mais de nos jours ce mot est tant usurpé, tant prostitué... Les vitrines des libraires sont encombrées d'objets qui ressemblent à des livres, qui sont signés par des gens qui se prennent pour des écrivains, mais il ne s'agit ni de livres ni d'écrivains, il ne s'agit que de produits de consommation bons pour la poubelle dans les trois mois.
Je préfère donc dire que je suis un artiste. Cela vous a un côté XIXème siècle: on songe aussitôt à Baudelaire, à Flaubert, à Théophile Gauthier. Songez à la "Correspondance" de Flaubert, à ses magnifiques développements sur la vie et le destin de l'artiste.
Je suis un artiste à cheval sur le XXème et le XXIème siècle, que j'attends avec, mettons, curiosité. Je suis très content d'être celui que je suis et je n'aurais d'ailleurs rien pu être d'autre. Je remercie les Dieux de m'avoir permis de devenir celui que je voulais être quand j'avais dix-sept ans et écrivais "Cette camisole de flammes". Oui, je suis devenu celui que je rêvais d'être, et j'en rends grâce - notamment à Vénus et à Apollon, protecteurs des artistes et des amants.

Parlons un peu de votre dernier ouvrage (je veux dire le dernier paru!), "De la Rupture" (Payot, 1997). Vous définissez la rupture comme passage, initiation et vous condamnez très justement le reniement, tant en amour qu'en littérature ou en amitié. Pouvez-vous développer cette vision, nettement moins courante qu'elle ne le paraît?

Qu'il s'agisse de rupture amoureuse ou littéraire, de rupture avec la société, une foi ou une conviction politique, dans le mot rupture, il y a une idée de violence, de douleur, de déchirure. Je donne dans mon livre des exemples d'ordre étymologique qui montrent bien cela.
Pour un être sensible et a fortiori pour un artiste, le tout est de transmuter cette déchirure, cette fêlure (titre d'un livre de Fitzgerald), cet échec douloureux en un événement créateur, fécond. Contrairement à mon bon maître, complice et ami Ovide, je ne crois pas à l'oubli, à la page tournée. Car tourner la page, n'est-ce pas effacer une partie de sa vie, de son destin?
Ceux qui grattent le passé, renient les écrivains admirés dans leur jeunesse, les femmes qu'ils ont aimées, tous ceux qui parlent de leur passé avec désinvolture, je trouve que c'est avec eux-mêmes qu'ils sont légers et désinvoltes.
A chaque instant, nous récapitulons tout ce que nous avons vécu. Notre passé et notre vie sont de parfaits synonymes. par conséquent, renier son passé est non seulement idiot, c'est aussi se lobotomiser soi-même! Ce thème m'a toujours frappé et j'ai beaucoup écrit à ce sujet. Voyez le personnage de Véronique dans "Isaïe, réjouis-toi", voyez Lady Byron dans ma "Diététique de Lord Byron".
Ceux qui voudraient que Waterloo n'ait pas eu lieu peuvent l'affirmer, le hurler. En vain: La bataille de Waterloo a eu lieu et Napoléon l'a perdue. L'oublier serait vain, impie même. Nos actes nous suivent. Quand on a un tant soit peu, comme vous et moi, pratiqué nos bons maîtres anciens, on sait que c'est l'un des grands ressorts de la tragédie, grecque, romaine ou française. Oui, on est responsable de ses actes, de ses amours...

Et de ses livres?

Et de ses livres, qui sont les actes parmi les plus terribles! Vous venez d'assister, par coïncidence - je ne crois pas aux coïncidences, mais bien au destin -, à la remise du manuscrit de mon prochain livre (*). Ce sera un maillon manquant de mon Journal, qui raconte ma passion pour Francesca dans les années 70. Elle a inspiré le personnage d'Angiolina, dans "Ivre du vin perdu". En achevant de dactylographier ce texte, en le relisant, je me suis demandé quelles nouvelles pièces je donnais à l'accusation. Tous ceux qui ne m'aiment pas y trouveront de quoi dire encore plus de mal de moi!

Quelle compassion!

C'est en effet une façon de faire la charité, oui, vous avez raison , mon cher. Il faut exercer cette bonne vieille vertu, qui n'est pas du tout une invention des Chrétiens. La compassion se trouve déjà chez les Stoïciens et même chez les Présocratiques.
Je vous fais aussi remarquer que ce sont les écrivains qui se font fusiller dans les périodes troubles... Je me demande d'ailleurs dans quelle mesure tout ceci n'est pas un plaidoyer pro domo suo. Je suis en effet incapable de tourner la page ... puisque je l'ai écrite! Et qu'elle est publiée. Vous voyez que notre conversation a quelque chose de socratique: étant piégé par mes livres, j'aurais donc envie que tout le monde le soit. Plus sérieusement, une des grandes fonctions de l'écriture - et de l'art en général - est précisément de fixer le fugitif, l'éphémère.

S'agirait-il de l'acte tragique par excellence?

Quand je contemple des peintures de la Renaissance, ou du XVIIIème siècle français, quand je vois ces portraits de jeunes femmes, je suis ému au suprême. Tous ces visages lumineux, si frais, si blonds, toute cette chaire pleine de soleil - voyez Watteau... Lorsque je suis tête à tête avec eux, le temps est aboli. Je suis très ému de penser que telle femme n'est plus que poussière depuis si longtemps. Dans "Ivre du vin perdu" - sans doute ce que j'ai écrit de plus achevé dans l'ordre romanesque -, je parle d'une histoire que m'avait racontée une petite maîtresse à moi, Maria, qui était portugaise (je parle d'elle dans "Un Galop d'enfer"). Il s'agit du poète Camoens qui, parti pour les Indes, en ramène une jeune fille. Au retour, leur bateau coule, la jeune fille meurt. Camoens regagne la rive à la nage, en brandissant à bout de bras au dessus des flots le manuscrit des "Lusiades". La jeune amie de Camoens est morte, Camoens est mort, les Indes portugaises sont mortes, tout est mort, mais cette dérisoire liasse de papier continue, elle, de vivre - éternellement.
Il existe un poème, à mes yeux l'une des oeuvres les plus importantes du XXème siècle, le "Requiem" d'Akhmatova. Cette femme révèle tout ce que Soljénitsyne a dit bien des années plus tard. Tous les morts du goulag se trouvent dans ces pages et Akhmatova le sait: elle témoigne. Elle raconte d'ailleurs que, faisant la queue dans les années trente, pour voir son fils en prison à Saint-Pétersbourg, brusquement, elle est reconnue par une autre mère, défigurée tout comme elle par l'angoisse. Cette femme la supplie de décrire toute cette horreur. Les jeunes Russes d'aujourd'hui pensent-ils à Akhmatova? Je ne sais, mais le poème demeure et témoigne.

Vous avez bien connu trois hommes singuliers: Dominique de Roux, Alain Daniélou et Cioran. Qui étaient-ils?

Quand j'étais avec Alain Daniélou ou Cioran, j'avais l'impression d'être en compagnie d'hommes représentant un monde en voie de disparition: celui de la vieille Europe. J'avais l'impression d'être dans un roman de Thomas Mann ou de Tolstoï. C'étaient de grands Européens, des hommes de très haute culture, connaissant parfaitement les langues anciennes, ayant voyagé. Une qualité d'hommes que la société contemporaine produit de moins en moins. Je pense à un Paul Morand, à un Blaise Cendrars...
Prenez leur connaissance du latin, par exemple. Quand j'avais quinze ans, on ne faisait plus de vers latins. J'adorais le latin, mais j'étais bien moins fort qu'un Daniélou, qu'un Morand, et a fortiori qu'un Byron ou un Baudelaire, qui ont laissé des vers latins, écrits en se jouant. J'en serais incapable, ou alors ce serait bien scolaire! Daniélou était un grand seigneur, un homme riche, un voyageur, un homme du monde, un aristocrate à l'ancienne mode. Cioran, lui, n'était qu'un pauvre exilé, qui a toujours vécu dans des galetas et qui, à certains moments de sa vie, ne possédait qu'une chemise et qu'un pantalon (comme Dostoïevsky à Baden Baden qui a dû faire racheter son pantalon par Tourgueniev!). Malgré des destins aussi différents, tous deux partageaient une même culture, un même univers intellectuel. Si Daniélou a écrit des livres importants pour leur sagesse, il n'était pas styliste et n'a jamais prétendu l'être. Chez Cioran, le style était aussi important que le fond.
Tous deux étaient d'une amabilité, d'une gentillesse extrêmes. Quand j'étais avec Alain Daniélou, j'avais vraiment l'impression d'être avec Goethe. Pour moi, il était le Goethe de notre temps, toujours entouré d'admirateurs, dont le cher Jacques Cloarec. Cioran, lui, habitait un sixième étage sans ascenseur. Nous nous promenions au Luxembourg, nous marchions beaucoup au Jardin des Plantes, nous allions boire des verres à minuit... Je n'ai pas eu cette intimité avec Daniélou, qui n'avait pas ce genre de vie. Avec lui, c'étaient les dîners, les grands vins, les domestiques. Voilà d'ailleurs un point commun avec Cioran: leurs bons vins! Leur bienveillance pour un cadet, leur courtoisie, leur liberté d'esprit étaient exceptionnelles. L'un et l'autre m'aimaient bien et je leur rendais. Tous deux pensaient par eux-mêmes: ils étaient totalement insensibles aux modes, à l'arrivisme. De vrais aristocrates de l'esprit, des Fils de Rois, ou plutôt des Rois, car les Fils de Rois, j'espère que c'est nous!
Je me sentais un peu comme leur fils et les ai beaucoup aimés. Dans ce nouveau tome de mon "Journal" qui paraîtra en 1998, je dis que, si dans ma vie amoureuse, j'ai toujours fréquenté les jeunes personnes, dans ma vie amicale, au contraire, j'apprécie les gens plus âgés, pour leur conversation. Montherlant, Cioran, Daniélou appartenaient bien à cette vieille Europe que je n'ai pas connue.

Et Dominique de Roux?

Dominique a été un des écrivains les plus doués de ma génération. Ses dons étaient multiples. Moi, je ne suis qu'un écrivain. Lui, il a été aussi éditeur, un grand éditeur, que ce fût chez Plon-Julliard ou à l'Herne, la maison qu'il a créée. Il fut également reporter à la télévision. En raison de ces activités multiples, il écrivait ses livres vite, trop vite peut-être. Prenez son livre sur de Gaulle: il avouait avec humour qu'il l'avait écrit en quatre jours pour payer ses impôts! Il y a dans ce livre des pages à peu près incompréhensibles. L'homme était tourbillonnant, vibrillonnant. Il avait un côté méditerranéen, napolitain: en marchant, il faisait halte tous les dix mètres, comme les Italiens (fare la vasca), vous prenait par le bras... Il était vif, passionné, instinctif. J'aime sa prose un peu elliptique: "Maison jaune", "Immédiatement".
Dominique de Roux était beaucoup plus "littéraire" que je ne le suis. J'écris mes livres, un point c'est tout. je ne participe d'aucune façon à ce qu'il est convenu d'appler "la vie littéraire". Dominique, lui, y était plongé jusqu'au cou. Les chapelles littéraires, les querelles politico-byzantines du petit monde littéraire, les intrigues et les arcanes de l'édition française, c'était son pain quotidien. J'étais toujours surpris de le voir consacrer tant de temps à des choses qui m'ont toujours laissé indifférent. Lorsque nous étions ensemble, nous parlions très peu de littérature. Notre grand sujet, c'était les femmes. Ah! les femmes! Il n'y a que les misogynes féroces pour bien les connaître et pour en bien parler! La mort de Dominique, au printemps 1977, m'a fait une peine immense. De Roux, Guy Hocquenghem, Roland Topor, la liste des amis disparus ne cesse de s'allonger et lorsque je consulte mon carnet d'adresses, j'ai la sensation de visiter un cimetière. C'est pourquoi il faut écrire, laisser des traces avant de s'effacer pour jamais.

Dans votre Dictionnaire philosophique (Le Taureau de Phalaris), vous écrivez à l'article Syncrétisme I: "La richesse poétique du syncrétisme pagano-chrétien ne me fait pas oublier qu'il n'est aucune des valeurs constitutives de la civilisation antique qui ne soit condamnée par l'Eglise, et que les adeptes du "sophiste crucifié" (Lucien de Samosate) ont pris une part active à la chute de l'Empire romain. On ne peut concilier ce qui est inconciliable. Christianiser le paganisme gréco-latin, plonger dans les eaux baptismales Pythagore, Platon, Epicure et Sénèque est pour une âme telle que la mienne un exercice fort stimulant, mais l'opposition demeure irréductible entre Dionysos et le Crucifié, entre la religion qui est affirmation du vouloir-vivre et celle qui est négation de la vie, entre la pensée païenne qui tend à établir l'harmonie, la sagesse, la beauté et le bonheur sur la terre, et la pensée chrétienne tout eschatologique ("Seigneur, que ton règne arrive!") et pleine de mépris pour le monde d'ici-bas." Réécririez-vous ces lignes aujourd'hui?

Mon cher, les lecteurs de mon Dictionnaire verront qu'il y a plus d'une définition à ce terme! Lisons donc mes onze définitions du syncrétisme ensemble. La première, je l'ai écrite à dix-sept ans, à l'époque où je découvrais Nietzsche. Je ne pense pas que ce soit faux, mais on peut légitimement penser le contraire. Voyez mon "Carnet arabe" et "Maîtres et Complices" (Lattès).
Pour moi, le divin ne nous est pas donné sous une forme définitive. Osiris, tous les mythes de mort et de résurrection sont des mythes successifs, des traditions qui s'enrichissent. Même si l'historien en moi sait que le Christianisme a joué un rôle catastrophique dans la destruction des mille beautés du monde antique, le poète, l'artiste que je suis aime à croire que, dans le Christianisme, une certaine lumière a pris la relève de celle d'Apollon. Ceux qui aiment mes livres comprendront ce que je veux dire. Prenons un peintre que j'aime beaucoup, Gustave Moreau. Sommes-nous dans un monde chrétien ou païen? Il y a chez lui un syncrétisme, historiquement peu fondé peut-être, mais qui nourrit sa sensibilité pagano-chrétienne, voire christiano-hindoue.
En tant qu'artiste, je fais mon miel de tout ce qui me touche. Quand, dans "De la Rupture", je cite Ovide à une page et Bossuet à la suivante, c'est simplement que j'ai été touché par l'un et par l'autre, qui ont exprimé ce que je ressentais.
Il est incontestable que le reproche fait au Christianisme pour la destruction du monde antique est fondé. Pourtant, ne sont-ce pas les monastères qui ont sauvé nos manuscrits de Lucrèce, d'Ovide ou d'auteurs plus polissons? Ce sont tout de même les moines qui nous ont transmis Martial et non nos institueurs laïques et barbus! Je pense qu'aujourd'hui, si certains de mes livres tombaient, à l'état de manuscrits, aux mains de nos vertueux censeurs, ils voleraient au feu. Personne n'irait les transcrire avec la patience dont firent montre ces braves moines.
Mais la polémique est saine. J'ai cité, aux premières pages du "Galop d'enfer" les lignes saisissantes que Blanqui écrit vers 1865: "Le fanatisme chrétien, torche et marteau en main, courait à travers l'Empire, rasant les temples, brisant les statues, trépignant avec des transports de rage les beaux livres d'Athènes et de Rome. (...) Plus rien que la frénésie religieuse et le hurlement de sa note monotone et lugubre: Dieu! Dieu! l'enfer! l'enfer!".
Selon les tempéraments, les moments de l'existence, on est plus ou moins sensible à l'aspect dramatique de la chute du Paganisme. Je dois dire que le fanatisme monothéisme prend en cette fin de XXème siècle des proportions si effarantes que cela donne de l'eau au moulin des nostalgiques de la tolérance païenne et de la multiplicité de l'Olympe.
Vous savez, je prie très souvent Vénus! Je touche du bois. Je prie aussi Apollon, le Dieu des artistes. Dans "Maîtres et Complices", j'évoque l'empereur Alexandre Sévère qui avait un oratoire un peu particulier.

Quels sont vos projets? La Trappe ou l'Académie? La fuite dans le désert, tel Syméon le Stylite, ou les ghats de Bénarès?

Dans l'ordre social, il est clair que, pour moi, les jeux sont faits. Les honneurs, innombrables j'en suis sûr, seront posthumes. Mais les couronnes posthumes sont celles qui tiennent le mieux sur la tête! Pas d'honneurs donc.
J'espère persister dans mon être, demeurer fidèle à mes passions, à mon style de vie. J'ai encore quelques livres à écrire. Je voudrais surtout mettre en sécurité mon Journal intime inédit. Je pense sincèrement que, quand ils seront intégralement publiés, mes "Carnets noirs" seront un grand livre.
Sinon, je suis très heureux. Je retouche du bois: j'ai une bonne santé et comme disait Madame Laetitia: "Pourvu que ça dure".
Quant au monastère, si j'aime y faire des retraites, il m'obligerait, si je m'y installais durablement, à renoncer à trop de choses auxquelles je suis attaché. En outre, il faudrait que les monastères existassent dans des palaces suisses. J'aime le confort et la propreté. Je ne sais pas comment cela va chez les Catholiques, mais chez les Orthodoxes, c'est un peu crade, un peu primitif: il y a des moustiques, des araignées. Le problème est que les monastères sont à la campagne ... et j'ai horreur de la campagne! Je n'aime que les villes. J'aime la solitude, mais je dois pouvoir quitter celle-ci pour me plonger dans le bruit de la rue. Créer des monastères au désert était peut-être une bonne idée au IIIème siècle, mais aujourd'hui c'est en ville qu'il faut en fonder. Voyez notre bon maître Nietzsche: il avait la nostalgie des monastères (lorsqu'il arrive à Saint-Jean Cap Ferrat, il s'exclame: "c'est là que nous planterons nos huttes"). Oui, je vois très bien se constituer quand je serai un vieux monsieur, par exemple à Venise, une sorte de phalanstère...

Nous y deviserions...

Oui, nous deviserions en lorgnant les petites suédoises à qui nous ferions visiter le Campanile. Dans "Le Défi", je dis que le bonheur est un point d'organisation. Je suis très bien organisé pour le bonheur. Mon meilleur conseil aux jeunes générations qui lisent Antaios, mon cher, sera le suivant: ayez une bonne, une implacable discipline d'égoïsme!
Il faut savoir le plus vite possible ce pour quoi l'on est fait et s'y accrocher. Notre société est éclatée et il faut résister à cette atomisation pour bâtir une oeuvre. N'allez pas penser que je sois un laudator temporis acti. Pour ma part, je suis enchanté de vivre cette fin de siècle, qui est passionnante, malgré ses aspects répugnants. Un homme d'esprit peut jouir de cette société et accomplir son destin. Les esprits libres ne pleurnichent jamais, mais pratiquent l'Amor Fati!

Paris, 13 juin 1997.

(*) Aux blanches mains de Laurence Caracalla. C'est tout Gabriel Matzneff: une attachée de presse au nom d'empereur romain! Ce volume des Carnets noirs paraîtra en 1998.


Retour au menu principal
Retour à la liste des interviews