Les interviews de Gabriel Matzneff


Style et Passions, par Elisabeth Lechien
Bulletin de la Société des Amis de Gabriel Matzneff, n°2, octobre 1999


Gabriel Matzneff, vous venez de visionner le film qui vous est consacré, Style et passions, réalisé par Christian Bussy. Cinquante minutes, c'est très court pour parler de vous et de votre oeuvre. Pouvez-vous nous donner vos impressions ? Gabriel Matzneff peut-il répondre à Gabriel Matzneff ?

Gabriel Matzneff : Cinquante minutes, ce n'est pas peu. Je dis beaucoup de choses dans ce film, et j'ai le sentiment d'y avoir exprimé à propos de l'écriture, du style, de l'amour, des jeunes filles, du donjuanisme, de la passion, de la liberté, de l'argent, de l'athéisme, de la foi, de la diététique, du scandale, certaines vérités qui me tiennent à coeur.
Avant tout, je tiens à remercier Elisabeth Lechien et Jean De Wee qui ont eu l'idée de ce film, qui l'ont produit, ainsi que Christian Bussy et ses collaborateurs.
A propos de Christian Bussy, les spectateurs qui verront le film doivent savoir que j'ignorais tout des questions qu'il allait me poser. Au départ, j'avais exprimé le souhait qu'il me les fît connaître à l'avance mais Bussy m'a persuadé que notre entretien y perdrait en spontanéité et il avait raison. C'est pourquoi lorsque, dans le film, on me voit lever le nez en l'air, hésiter avant de répondre, ce n'est pas une pose, c'st qu'effectivement je me demande comment répondre à une question qui m'a surpris, voire désorienté.
Ce côté non préparé, imprévu, a ses avantages, dont le principal est que mes réponses sont toujours faites sur le ton vif, alerte, primesautier de la conversation. Il a aussi ses inconvénients. En voyant le film, j'ai une ou deux fois songé que si j'avais connu la question à l'avance, j'aurais pu y réfléchir, y répondre de manière plus profonde, plus satisfaisante. parfois, comme tout le monde, j'ai l'esprit de l'escalier !
Bussy a eu raison de me poser quelques questions sur ma famille spirituelle et j'ai été très heureux d'évoquer des maîtres tels que Pétrone, Byron, Cioran ou Hergé ; et il a eu raison de ne pas s'y attarder car le sujet du film est mon propre travail, non celui des autres.
Il est certain que le film sera vu et ressenti de manière très différente selon que le spectateur a lu mes livres, a une parfaite familiarité avec les personnages et les intrigues de mes romans, avec les thèmes de mes essais, bref avec mon univers, ou au contraire n'a jamais rien lu de moi et me découvre grâce à ce film.
Le premier, je veux dire le matznévien averti, regrettera peut-être que je n'ai pas davantage parlé de personnages tels que la Véronique d'Isaïe réjouis-toi, le Rodin d'Ivre du vin perdu et de Harrison Plaza, que je n'aie, si je ne me trompe, pas prononcé une seule fois les noms d'Angiolina et de Dulaurier ! Il me reprochera de n'avoir pas davantage développé ce que je dis, à la fin du film, sur la vie qui nourrit l'oeuvre, de n'avoir pas pris un exemple précis, de n'avoir pas analysé l'alchimie par laquelle je transforme, par exemple, la Vanessa réele du journal intime (La Prunelle de mes yeux) en ce personnage romanesque imaginaire qu'elle m'a inspiré, l'Allegra de Harrison Plaza. J'accepte le reproche, mais pour le coup, en effet, il m'aurait fallu beaucoup plus de cinquante minutes.
En revanche, si je pense au spectateur qui n'avait rien lu de moi avant de voir ce film, j'espère fermement que celui-ci lui donnera envie de me lire, et que, à peine sorti de la salle de projection, il se précipitera dans une librairie !

G.M.


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