La Séquence de l'énergumène

"La Séquence de l’énergumène" de Gabriel Matzneff

Par François d'Orcival, Valeurs Actuelles, 02/02/2012

Voici du Matzneff AOC. Du Matzneff tapé sur une machine à écrire des années 1960 qui n’a pas pris une ride. Ce sont même des pages de jouvence de l’abbé Soury, des bulles de champagne qui font du bien. De 1963 à 1966, Gabriel Matzneff a tenu pour Combat, le quotidien que dirigeait Philippe Tesson, une “Séquence” qui portait son nom. Il lui arriva un jour d’agacer le pouvoir au point d’être appelé « l’énergumène ». Ce devait être une rubrique consacrée à la télévision ; il n’y avait à l’époque que deux chaînes, l’une en noir et blanc et l’autre en couleurs. Mais la télévision n’était qu’un prétexte, une matière à commentaires infinis sur les partis pris esthétiques, littéraires, politiques, religieux et les aventures sentimentales de l’auteur. C’est ce qui nous vaut ce joli livre composé de chroniques écrites tantôt dans un style grave tantôt sur le ton de la bouffonnerie qui paraissent immortelles comme les fleurs du même nom.

Naturellement, il y a une part de nostalgie de ce “monde englouti”, après la guerre d’Algérie, au temps du Général, de Sartre et de Mauriac, du Dr Jivago et des jolies jambes de Noëlle Noblecourt (ce qui valut à cette présentatrice de télévision de perdre son job), mais bien plus : l’éternelle démystification du « confort intellectuel, des sorcières et autres loups-garous »…

« Les années qui passent, écrit Matzneff, sont les eaux du Léthé, fleuve de l’oubli ; elles sont le baume qui guérit les blessures, apaise les discordes, endort les douleurs et éteint les passions. » Il arrive aussi que les passions se raniment sous la cendre des souvenirs.

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