Douze poèmes pour Francesca - Poèmes, 1978


Francesca, une passion de Gabriel Matzneff, par Jean-Luc Toula-Breysse
Paris Ce Soir, 25 Janvier 1985


"Je suis votre enfant chéri, votre maîtresse-écolière, votre toute petite fille." Francesca dans ses lettres à l'amant Gabriel chante son amour. Fragile, unique et déterminée, elle remplit l'espace intime et littéraire de l'auteur. Le portrait de cette lycéenne de quinze ans s'inscrit dans l'imaginaire du lecteur. Car Francesca, au nom d'Angiolina dans le roman Ivre du vin perdu, réapparaît dans les douze poèmes qui lui sont dédiés.
La tendresse et la douceur des jeunes écolières, qui vivent leurs joies, leurs plaisirs secrets et défendus dans la découverte de l'amour et de l'existence ont rendu captif Gabriel Matzneff, l'homme de lettres au démon donjuanesque. Sa splendeur, son art de vivre et ses écrits tendent inexorablement vers cette beauté des corps, des âmes et du divin. Le séducteur pour l'amour de la séduction et des êtres, séduits, utilise tous les coloris de sa palette imaginative. Joueur et dragueur, le Troubadour du Luxembourg s'autocritique : "Si inventifs que soient les amants, les gestes de l'amour sont limités. Les mots de l'amour le sont aussi (...) Les lecteurs et surtout les lectrices prendront dans Douze poèmes pour Francesca le séducteur en flagrant délit d'imposture, usant toujours des mêmes mots, des mêmes ficelles, des mêmes trucs donjuanesques, qu'il parle à des adolescentes qui furent de vraies passions, ou à des filles qui n'ont fait que passer dans son lit ou à des créatures à peine entrevues."
Matzneff et ses poèmes s'échappent du genre poétique (ouf !). Ils prolongent, avec finesse et intelligence les romans déjà publiés. Ses mots doux expriment l'image sensible de jeunes filles, pas encore femmes, aux gestes qui laissent deviner la beauté naturelle de leur nudité, les courbes innocentes d'un visage timide ou d'une poitrine recevant un baiser.
Il faut s'accaparer des écrits de Matzneff comme d'un corps désirable. Les prendre sans réflexions, comme une caresse inavouable causant des plaisirs délicieux. La sensualité vibre et éclate à chaque mot. Les êtres et les lieux, qui figurent dans le paysage matzneffien apparaissent dans leur limite et pourtant explosent pour prendre place dans nos sentiments confus. L'érotisme de la plume de Matzneff fait frémir séducteur, lecteur et jeune fille en herbe.

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