Boulevard Saint-Germain - Récit, 1998


L'érudit amoureux, par ???
Le Vif / L'express (Belgique), 28 janvier 1999


On sait Gabriel Matzneff sensible à toutes les gourmandises et peu avare de la révélation de ses voluptés. On aime son détachement, son soin de ne jamais verser dans le prosélytisme. Ce qui ne l'empêche nullement d'être réactionnaire avec chic et de donner dans la provocation la plus inattendue, lorsqu'il évoque le "regretté Ferdinand Marcos" auquel il doit peut-être la bénédiction tacite de ses amours sulfureuses. Même lorsqu'il invite à déambuler dans un espace dont l'épine dorsale est le boulevard Saint-Germain et le reste du squelette, trois arrondissements de Paris, l'esthète le plus vilipendé de son temps observe ce retrait qu'une confidence éclaire : "Je n'ai jamais eu de goût pour les enthousiasmes unanimes". Amoureux du quartier, il l'arpente avec une érudition superbe de naturel. C'est que, retraçant l'histoire de ce lieu où, il n'y a pas si longtemps, la littérature avait élu domicile avant d'en être sournoisement délogée par les mercanti, le mentor va de librairie en restaurant, de Clarisse à Marie-Elisabeth, de square en piscine, de Racine à Blondin. Parmi les rares maîtres dont il accepte de se réclamer, Casanova bien sûr, mais "je donne toutes les amours du Vénitien pour une seule des miennes". On aurait tort de croire à un livre frivole. Simplement, Matzneff préfère à l'ennui de l'énumération pédante les charmes plaisants de la relation à soi-même. Saviez-vous qu'il festoya souvent chez Beulemans et qu'Hergé l'emmenait à la Cravache d'or et à la Villa Lorraine ? Mieux qu'un guide : un inséparable

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