Au salon du livre
9 Mars 2008


L’an dernier, j’avais fui à l’étranger, mais cette année je serai présent au salon du livre et y dédicacerai la toute neuve édition de poche de Comme le feu mêlé d’aromates, assurément le samedi 15 mars et peut-être lors de la nocturne du mardi 18. Je suis en effet spécialement affectionné à ce livre de jeunesse. Ceux qui ont dans leur bibliothèque Vénus et Junon, mon journal intime des années 1965-1969, savent les retraites méditerranéennes – Mykonos en Grèce, Llafranch en Espagne, Marrakech au Maroc, Cargèse en Corse – au cours desquelles j’écrivis ce récit d’une quête solaire, cet itinéraire géographique et spirituel où je tâche à accorder ma fidélité aux dieux morts et mon élan vers le Dieu Vivant. J’y fais le point et ce qui me frappe, c’est que quarante ans après j’en suis – précisément - toujours au même point : mes passions, mes contradictions, mes brûlures, mon amour de l’insouciance et de la liberté, mon horreur de la pesanteur, mon goût du dépouillement, mon style de vie demeurent inchangés. Je n’aurai guère été fidèle à mes amantes (bien que, lorsque je le suis, je trouve ça fort agréable et reposant) ; en revanche, je l’aurai toujours été à moi-même et en 2008 je demeure plus que jamais en accord avec ce que j’affirme dans ce récit écrit entre 1967 et 1969.

Pour le quatrième de couverture, les responsables de la collection « La Petite Vermillon » ont choisi un fragment du bel article que Dominique de Roux consacra à Comme le feu mêlé d’aromates dans le « Magazine littéraire » et où il met l’accent sur l’importance philosophique de ce bref ouvrage. Cet éloge, lorsque je le lus, me fit un vif plaisir, mais je ne me sentis pas pour autant devenir un professionnel de la philosophie, un sorbonnard. Ce que j’écris sur Dieu, sur l’homme, sur le sens de notre présence sur cette terre, je ne le formule jamais de manière abstraite, conceptuelle. Comme le feu mêlé d’aromates est le récit d’un voyage, de l’errance méditerranéenne d’un artiste qui a toujours attaché plus d’importance à ses sensations qu’à ses idées. Certes, j’ai des idées. Qui, en France, n’en a pas ? Mais ces idées ne me captivent que parce qu’elles s’incarnent d’abord dans ma vie, puis dans mon travail d’écrivain. Ce n’est que lorsqu’il se fait chair que le verbe (avec ou sans majuscule) acquiert son prix. Comme le feu mêlé d’aromates, récit sensuel, coloré, odoriférant, est un livre sur l’incarnation.

Ecrire que Venus victrix ! et Christ est ressuscité !, ces deux affirmations en apparence opposées, inconciliables, ne forment en réalité qu’un seul et même cri, c’est déjà très bien, mais vivre cette vivifiante contradiction avec notre cœur, notre esprit, notre corps et en nourrir notre œuvre, c’est une autre paire de manches. Il y faut assurément des dons, ceux que les fées ont déposés dans notre berceau ; il y faut aussi du courage, de la détermination et une foi absolue en notre destin. C’est une route ardue, une aventure périlleuse et le poète peut y être tenté par le désespoir. Cependant, s’il triomphe de cette mortifère tentation (qui, dans la période d’imbécile ordre moral que nous traversons, est principalement la tentation de l’autocensure, la peur d’oser être soi-même, le lâche désir d’être conforme), il devient invulnérable et longtemps après qu’il n’est plus que de la poudre dans un cercueil, la musique de ses mots continue à faire battre la chamade au cœur de ses lectrices, voire – tous les garçons n’ont pas du fromage blanc dans le ciboulot – à celui de ses lecteurs.

Aux unes et aux autres, je donne donc rendez-vous au salon du livre de la Porte de Versailles où, pour des raisons que j’ai développées dans un autre ouvrage, Le Carnet arabe, il y aura cette année plus de flics que d’éditeurs. Cela va être croquignolet.

Gabriel Matzneff
Dimanche de l’Exil d’Adam
www.matzneff.com



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