Réponse à Jane et aux autres lecteurs internautes
Récemment, plusieurs internautes se sont adressés à Gabriel Matzneff au travers de ce site. Leurs questions, entre autres, étaient les suivantes:
Jane :
Je ne sais pas si Gabriel Matzneff lira cet e-mail? Mais j'aimerais savoir de quoi il a envie de faire rêver actuellement ses lecteurs.
Quels sont ses etats d'âme ? Car hier n'est sûrement pas aujourd'hui?
OU sont passés les rendez vous cachés, les rencontres inopinées , .....etc, qui nous faisait tant vous envier.
Laurent :
Fervent lecteur de l'oeuvre de Gabriel Matzneff que j'ai découvert au hasard d'un titre, Mes amours décomposés, il y a une quinzaine d'années. Puissions nous convaincre Gabriel Matzneff, par nos multiples consultations de ce site et nos messages de ferveur, de publier - ailleurs peut-être - ses journaux littéraires que j'ai toujours lus jusqu'à la dernière goutte. Ils nous parlent de lui, ils nous ouvrent les yeux, ils nous parlent de nous...
Hier n'est pas aujourd'hui, vous avez raison, mais je me permets toutefois de vous signaler que dans deux livres publiés récemment, Mamma, li Turchi ! et Super Flumina Babylonis, vous trouverez les renseignements que vous désirez sur mes états d'âme et ma vie en cette aurore du vingt-et-unième siècle. Sans oublier quelques textes fort récents recueillis dans C'est la gloire, Pierre-François ! et Yogourt et yoga.
Contrairement à ce que pensent certains lecteurs, je mets autant (et plus) de moi dans mes poèmes et mes romans que dans mon journal intime. Se confesser par le truchement de personnages de fiction donne à un écrivain une liberté, une audace plus totale que le journal intime. Les romans Isaïe réjouis-toi et Ivre du vin perdu vont beaucoup plus loin, et plus profond, que les journaux intimes Elie et Phaéton et La Passion Francesca. Quand je publierai mon journal intime des années 90 les lecteurs n'y trouveront rien qui ne se trouve déjà dans les deux livres que je cite au début de ce mail.
Cela dit, mon journal intime 1953-2004 forme un ensemble qui, j'en donne ici l'assurance, sera publié dans son intégralité. Si j'ai récemment pris la décision de suspendre sa publication, c'est uniquement à cause des coupures que j'ai été contraint de faire dans les trois derniers volumes (publiés en 1998, 2001 et 2004). Les passages censurés de ces trois volumes (cent vingt pages environ) ont été dactylographiés et se trouvent en sécurité dans le coffre-fort de mon avocat. Quant au journal entièrement inédit, c'est à dire le journal 1988-2004, j'ai bien l'intention d'en poursuivre la dactylographie. Tout cela sera publié, soit après ma mort, soit de mon vivant si l'ordre moral qui aujourd'hui triomphe (le "politiquement correct", le "sexuellement correct") venait à se dissiper tel un mauvais rêve.
Gabriel Matzneff
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